Alix THÊZÉ, Juriste
Le 17 octobre 1806, Jean-Jacques Dessalines, père de la nation haïtienne et symbole absolu de la libération noire, était lâchement assassiné au Pont-Rouge, localité située à l’entrée nord de Port-au-prince. Ses meurtriers ? Une clique de mulâtres, ces hommes nés du viol des femmes esclaves par les colons blancs, et qui, malgré leur sang mêlé, n’ont jamais cessé de mépriser les Noirs. L’assassinat de Dessalines n’était pas un simple coup d’État : c’était l’acte fondateur d’une trahison raciale, perpétuée par le clan des batards qui, depuis l’esclavage, se considère comme supérieure aux anciens captifs. Ces mulâtres, produits de la barbarie coloniale, ont reproduit contre les Noirs la violence et l’arrogance de leurs pères blancs. Leur crime n’était pas seulement politique, il était racial, souligne, dans une tribune à « ALTERNANCE MÉDIA « , le juriste , Alix THÊZÉ
Les mulâtres : enfants du viol, héritiers de l’oppression
Dans les plantations de Saint-Domingue, le viol des femmes esclaves par les colons était une pratique systématique, un outil de terreur et de domination. Les mulâtres en sont les descendants directs, nés de cette violence, mais aussi ses complices. Affranchis pour certains, éduqués à l’européenne, ils ont rapidement adopté le mépris des Blancs pour les Noirs, tout en cherchant à effacer l’origine honteuse de leur existence. Leur statut de « gens de couleur libres » sous la colonie ne doit pas tromper : ils étaient les chiens de garde du système esclavagiste, chargés de surveiller et de réprimer les révoltes des captifs.
Dès le XVIIIe siècle, les mulâtres se sont construits comme une caste à part, ni Blancs ni Noirs, mais assoiffés de reconnaissance par les maîtres blancs dont ils copiaient les manières et les préjugés. Leur haine des Noirs était d’autant plus féroce qu’elle masquait leur propre illégitimité. Libres ou non, ils ont toujours regardé les esclaves avec dédain, reproduisant la hiérarchie raciale qui les plaçait au-dessus des « bossales » – ces Africains déportés qu’ils traitaient de « sauvages ».
Dessalines : l’homme qui osait briser leur suprématie
Dessalines, ancien esclave devenu général puis empereur, incarnait tout ce que les mulâtres détestaient : un Noir fier, intransigeant, qui refusait de partager le pouvoir avec ceux qu’il considérait comme des traîtres. Sous son règne, il a aboli les privilèges des mulâtres, redistribué les terres aux anciens esclaves, et imposé une armée exclusivement noire. Pour les mulâtres, c’était une insupportable remise en cause de leur prétendue supériorité.
Pire encore, Dessalines exigeait que tous les Haïtiens, qu’ils soient noirs ou métis, se reconnaissent dans une seule identité : celle de victimes de l’esclavage, unies contre l’oppresseur blanc. Mais les mulâtres, obsédés par leur blanchitude, ne supportaient pas cette égalité forcée. Ils rêvaient d’une Haïti à leur image, une société où leur peau plus claire leur donnerait toujours des droits sur les Noirs.
Le complot mulâtre : le baiser de judas des fils de KADEJAK (viol)
En 1806, les mulâtres ont passé à l’acte. Avec Alexandre Petion comme le premier des traitres, ils ont planifié l’assassinat de Dessalines. Le 17 octobre, ils l’ont attiré dans une embuscade au Pont-Rouge, avant de l’assassiner de la manière la plus lâche et sauvage. Ce n’était pas seulement un meurtre : c’était un message. En tuant Dessalines, ils tuaient l’idée même d’une Haïti noire et libre.
Leur victoire fut immédiate : le pays fut divisé en deux, le Sud sous Pétion devenant un fief mulâtre où les Noirs restaient des citoyens de seconde zone. Les mulâtres y ont rétabli une société de castes, où la couleur de la peau déterminait l’accès au pouvoir et à la richesse. Pendant des décennies, ils ont gouverné en maîtres, excluant les Noirs des postes importants, tout en entretenant des liens avec les anciens colons et les puissances étrangères.
Un mépris qui perdure
Deux siècles plus tard, l’arrogance des mulâtres n’a pas disparu. En Haïti, comme dans toute la diaspora, ils continuent de se voir comme une élite « civilisée », supérieure aux Noirs qu’ils accusent d’être « ignorants » ou « violents ». Leur discours n’a pas changé : ils sont les « éclairés », les « modernes », tandis que les Noirs restent, à leurs yeux, des sous-hommes à dominer.
Cette mentalité coloniale persiste dans les inégalités sociales, dans le mépris affiché pour le créole et les traditions africaines, dans le refus de reconnaître que leur propre existence est le fruit d’un crime. Les mulâtres haïtiens, comme leurs cousins des Antilles ou de Louisiane, préfèrent souvent se revendiquer « métis » ou « gens de couleur » plutôt que d’assumer leur ascendance africaine. Leur identité est une fuite permanente devant la vérité : ils sont les enfants du viol, et leur privilège est bâti sur le dos des Noirs.
Dessalines, martyr de la race noire
Aujourd’hui, alors que Dessalines est enfin réhabilité par l’histoire, les mulâtres tentent encore de minimiser leur responsabilité. Ils parlent de « conflits politiques », de « divisions régionales », mais jamais de race. Pourtant, leur trahison est claire : ils ont choisi le camp des oppresseurs contre celui des opprimés.
L’assassinat de Dessalines n’était pas un accident de l’histoire. C’était le choix délibéré d’une caste de collabo, prête à tout pour conserver ses privilèges, même à tuer son propre libérateur. Le crime des mulâtres rappelle une vérité brutale : la liberté des Noirs a toujours été insupportable à ceux qui, nés de la violence des Blancs, aspirent à devenir des Blancs à leur tour.
Une dette impayable
Haïti paiera cher la trahison de ses fils mulâtres. Leur règne a affaibli le pays, ouvert la porte aux interventions étrangères, et perpétué les divisions raciales. Mais l’héritage de Dessalines, lui, ne mourra jamais.
Les mulâtres peuvent nier leur passé, ils peuvent réécrire l’histoire : ils resteront à jamais les assassins de Dessalines, et les complices d’un système qui a fait du viol et du racisme les fondements de leur existence.
Une blessure qui doit être guérie
L’assassinat de Jean-Jacques Dessalines en 1806 n’est pas seulement un crime politique, c’est une blessure ouverte dans l’histoire d’Haïti. Pour guérir, le pays doit affronter cette vérité : une caste, née du viol colonial et imprégnée de mépris racial, a trahi la révolution noire et imposé un système d’exclusion qui perdure encore aujourd’hui. Mais comment dépasser cette histoire sans nier sa violence ? Comment construire une Haïti unie, où Noirs et mulâtres ne seraient plus des catégories opposées, mais des parties prenantes d’un même destin ?
Pour que la réconciliation soit possible, il faut d’abord nommer les responsabilités. Une commission vérité et justice, inspirée des modèles sud-africains ou rwandais, pourrait être mise en place pour :
Établir les faits : Documenter, à travers des archives et des témoignages, le rôle des conjurés de 1806 dans l’assassinat de Dessalines, mais aussi leur responsabilité dans l’instauration d’un système discriminatoire post-indépendance.
Organiser un procès symbolique : Un tribunal citoyenpourrait « juger » les assassins de Dessalines, non pour les condamner (ils sont morts depuis longtemps), mais pour officiellement reconnaître leur trahison et son impact sur l’histoire haïtienne.
Réparer les injustices historiques
La réconciliation ne peut se faire sans réparation. Cela ne signifie pas punir les descendants des métis d’hier, mais démanteler les structures d’inégalité qu’ils ont contribué à bâtir
Dessalines, enfin vengé par l’histoire
Un jugement symbolique ne ressuscitera pas Dessalines, mais il rendra justice à sa mémoire. Une réconciliation nationale ne fera pas disparaître les différences de couleur, mais elle peut les dépouiller de leur charge raciste. Les métis d’aujourd’hui ne sont pas responsables des crimes de leurs ancêtres – mais ils ont la responsabilité de les reconnaître, et de construire avec les Noirs une Haïti où personne ne sera plus traitéecomme des sous hommes.
Comme l’écrivait l’historien Michel Hector : « La vraie révolution, c’est quand les oppresseurs d’hier demandent pardon, et que les opprimés leur tendent la main. » C’est ce pardon, difficile mais nécessaire, que DESSALINES, le premier des humanistes, mérite enfin. Pas pour effacer le passé, mais pour que l’avenir soit enfin à la hauteur de son rêve : une Haïti libre et fière.