Port-au-Prince, novembre 2025

Reportage / Manque d’électricité, absence de cantine, classes surchargées : le système éducatif haïtien s’effondre un peu plus chaque jour, victime à la fois de décennies de négligence et d’une violence hors de contrôle. Selon les estimations, plus de 1 600 écoles ont fermé à travers le pays, prises au piège entre pauvreté et guerre des gangs.

Sur les hauteurs de Debussy, à Port-au-Prince, l’école élémentaire Mark-Bourque résiste tant bien que mal. Son directeur, Luland Jean-Pierre, 70 ans, gravit chaque matin trois kilomètres de sentier escarpé pour rejoindre son établissement. “Quand il pleut, on continue. La seule différence, c’est qu’on ne voit pas grand-chose”, confie-t-il avec un sourire résigné.


Luland Jean-Pierre, le directeur de l’école élémentaire Mark-Bourque, sur les hauteurs de Port-au-Prince (Haïti), le 13 octobre 2025

Son école, fondée en 2006 par un groupe de policiers québécois, survit sans cantine, sans électricité et avec des classes mal éclairées. Pourtant, malgré sa vétusté, elle représente encore un espoir pour des dizaines d’enfants du quartier. Autour, les arbres fruitiers, les bananiers et les poules rustiques donnent l’illusion d’un petit paradis. Mais ce calme apparent cache une détresse profonde.

Devant le bureau du directeur, les parents se succèdent avec leurs plaintes.

“Mon mari a été tué il y a quatre mois. Je n’ai plus les moyens d’inscrire mes enfants”,confie Annacia Saint-Louis, mère de cinq enfants, enceinte du sixième.

Les frais de scolarité ne dépassent pourtant pas 1 500 gourdes — à peine dix dollars américains. Mais pour une population étranglée par la misère, ce montant reste un luxe inaccessible.

Pendant que les gangs contrôlent 90 % de la capitale, forçant des centaines d’écoles à fermer, le gouvernement reste spectateur. L’éducation, autrefois moteur d’espoir, devient un privilège rare. Les enseignants travaillent sans sécurité, les élèves apprennent dans la peur, et les familles fuient les zones rouges, souvent sans savoir où aller.

À Port-au-Prince, l’État est absent. Les gangs font la loi. Et l’école publique s’effondre.

Et pendant que les enfants d’Haïti marchent des heures pour rejoindre des salles de classe délabrées, le Conseil présidentiel de transition (CPT), lui, nage dans la corruption et boit du champagne. Les conseillers se disputent privilèges, postes et contrats, pendant que la nation perd ses écoles, ses professeurs et son avenir.

Haïti n’est plus seulement un pays en crise : c’est un pays qui se vide de sa jeunesse, faute d’éducation, faute de sécurité, faute d’État.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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