Haïti s’apprête à vivre un nouveau round de négociations politiques. Encore un. À l’approche de la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, les mêmes acteurs, les mêmes partis, les mêmes élites qui se sont succédé autour de la table depuis 2021 cherchent à définir les termes de la prochaine configuration du pouvoir. Cette fois, l’initiative se voudrait « nationale » : l’Université, via le Congrès patriotique, se propose comme médiatrice, avec une rencontre annoncée ce samedi réunissant 21 décembre, SDP, FUSION, OPL, UNIR, PHTK, Fanmi Lavalas, KID, EDE, RDNP et d’autres.

Mais ne nous trompons pas : il ne s’agit pas d’un processus de sortie de crise.
Il s’agit de la prolongation d’un système qui a déjà démontré sa nature : une transition devenue régime, un pouvoir sans légitimité, une gouvernance sans peuple.

La transition permanente comme modèle de gouvernement

Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, Haïti vit la plus longue transition politique de son histoire récente. Trois années, bientôt quatre, sans élection, sans mandat clair, sans horizon défini.

À chaque étape, un accord.
À chaque accord, une promesse.
À chaque promesse, un échec.

La classe politique haitienne a réussi ce que les militaires de 1991, les insurrections de 2004 ou les coups d’État d’antan n’avaient réussi qu’avec fracas : changer la structure du pouvoir sans jamais assumer la responsabilité de l’exercer devant le peuple.

C’est en cela que la transition actuelle constitue, objectivement, le coup d’État le plus réussi depuis 1986 :

Pas de chars dans les rues

Pas de déclaration en treillis

Pas de rupture spectaculaire
Seulement l’érosion progressive du principe de souveraineté populaire, remplacé par un gouvernement de négociations successives entre groupes organisés.

Une rente politique, pas un projet de pays

Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est pas la sécurité, la relance économique ou la reconstruction institutionnelle.
Ce qui est en jeu, c’est la gestion du vide.
Et ce vide est devenu rentable.

La transition n’est pas un passage.
Elle est devenue un marché, un dispositif de partage de l’État entre ceux qui ont accès aux tables de négociation.
Le pays, lui, n’est plus un sujet politique.
Il est la monnaie d’échange.

Alternance Média prend position :
L’heure n’est pas à célébrer un nouveau round de discussions entre acteurs politiques.
L’heure est à rappeler que le pouvoir ne leur appartient pas.
Il appartient à la Nation.
Et la Nation ne s’est pas exprimée.

Pas encore.
Pas encore.

By Ralph Siméon

Ralph SIMÉON- journaliste engagé, animateur et entrepreneur. J'ai fait mes premiers pas à Radio Haïti Inter, média emblématique et référence nationale. En France, j'ai cofondé Haïti Tribune avant de rejoindre le service créole de Radio France Internationale ( RFI). Mon parcours incarne un engament constant en faveur de l'information , du lien social et de la valorisation d' Haïti sur la scène internationale.

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