Des membres du gang dirigé par Joseph Wilson, alias Lanmo San Jou, ont pris d’assaut ce week-end des locaux situés dans la zone de Lilavois, à Croix-des-Bouquets, et présentés comme appartenant à la famille Apaid, l’une des familles d’affaires les plus influentes du pays. Les hommes armés ont forcé l’accès au site et circulé librement à l’intérieur, filmant les lieux et saisissant divers produits entreposés.
Peu de temps après cette intrusion, des unités de la Police nationale d’Haïti (PNH) ont lancé une opération dans la zone. Selon des sources sécuritaires locales, l’objectif était de reprendre le contrôle du périmètre et d’empêcher les gangs de renforcer leur présence dans cet axe stratégique reliant plusieurs communes de l’Ouest. Aucune information officielle n’a pour l’instant été communiquée sur le bilan de cette intervention.
Dans les heures ayant suivi l’opération policière, Joseph Wilson a diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle, il a demandé à l’homme d’affaires André Apaid d’entrer en contact avec lui « pour éviter la publication » des images capturées à l’intérieur de l’entrepôt et la suspension des opérations policières contre ses hommes. Une démarche qui serait restée sans suite.
C’est à la suite de cet échec que les vidéos montrant l’intérieur des locaux ont été rendues publiques par le chef de gang. Les séquences, devenues virales, montrent des stocks de marchandises dont certaines pourraient relever de circuits parallèles ou illicites. Si les images et les déclarations émises par Lanmo San Jou ne constituent pas des preuves en elles-mêmes, leur diffusion soulève de nouvelles interrogations sur de possibles réseaux de trafic impliquant des acteurs économiques haïtiens.
Un phénomène loin d’être isolé
Cette affaire survient dans un contexte national où les rapports, enquêtes et témoignages se multiplient sur l’existence de collusions entre groupes armés et segments du secteur privé, notamment dans le stockage, le transport et la redistribution clandestine de biens stratégiques : carburant, denrées alimentaires, matériaux de construction, armes, stupéfiants.
Les gangs, devenus acteurs économiques à part entière dans certaines zones, tirent de ces réseaux une capacité financière leur permettant d’étendre leur contrôle territorial et de renforcer leur puissance militaire, au détriment de l’État et de la population.
Une urgence d’éclaircissement
Pour l’heure, ni la famille Apaid ni les autorités compétentes n’ont réagi publiquement pour confirmer, contester ou contextualiser les éléments révélés à travers ces vidéos. La gravité des accusations, leur portée médiatique et le climat de méfiance généralisée exigent des clarifications officielles.
Au-delà du cas de Lilavois, c’est toute la question des liens structurels entre violences armées et économie haïtienne qui se trouve une nouvelle fois posée. Tant que ces réseaux ne seront pas identifiés, démantelés et portés devant la justice, l’insécurité continuera d’alimenter elle-même ses propres fondements.