Les eaux des Caraïbes deviennent à nouveau le théâtre d’une démonstration de force américaine. Dimanche 16 novembre , le Commandement des États-Unis pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Southcom) a confirmé l’arrivée du porte-avions USS Gerald Ford, officiellement engagé dans des opérations de lutte contre le narcotrafic. Une annonce qui intervient pourtant dans un climat de tensions croissantes avec le Venezuela, où la rhétorique militaire ne cesse de s’envenimer.
Un déploiement officiellement “anti-drogue”, mais lourd de signaux stratégiques
Depuis août, Washington maintient dans la zone une présence navale inhabituelle : une demi-douzaine de navires de guerre, un groupe amphibie, une unité de Marines… et désormais l’USS Gerald Ford, le porte-avions le plus avancé de l’US Navy, accompagné de trois destroyers lance-missiles.
Le Southcom assure que le groupe aéronaval vient « joindre ses forces » à celles déjà déployées, dans une campagne visant à perturber les routes maritimes du narcotrafic. Mais dans la région, peu nombreux sont ceux qui prennent cette justification au pied de la lettre.
Des frappes meurtrières sans preuves publiques
Ces dernières semaines, les États-Unis ont revendiqué une vingtaine de frappes aériennes dans les Caraïbes et le Pacifique contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue. Résultat annoncé : 76 morts.
Washington n’a fourni aucune preuve tangible de la nature criminelle des cibles touchées. Et cette opacité nourrit les accusations de Caracas, qui dénonce une opération militaire sous faux prétexte.
Caracas dénonce un plan américain de “changement de régime”
Pour le gouvernement vénézuélien, il ne fait aucun doute que les États-Unis cherchent à déstabiliser Nicolás Maduro, voire à justifier une intervention. Caracas accuse Washington de se servir du narcotrafic pour « imposer un changement de régime » et mettre la main sur les vastes réserves pétrolières du pays.
La réaction ne s’est pas fait attendre : parallèlement aux annonces américaines, l’armée vénézuélienne a lancé un déploiement “massif” dans tout le pays, explicitement dirigé contre “l’impérialisme américain”.
La stratégie ambiguë de Washington
L’administration américaine continue d’entretenir le flou. Donald Trump, déjà impliqué dans l’autorisation d’opérations clandestines de la CIA au Venezuela, souffle le chaud et le froid :
parfois évoquant des frappes directes sur le sol vénézuélien, parfois prédisant que les jours de Maduro sont comptés, mais niant dans d’autres déclarations vouloir conduire les États-Unis vers une guerre ouverte.
Entre pressions politiques, signaux militaires et opérations secrètes, Washington laisse planer l’ambiguïté stratégique — un message que Caracas semble lire comme une menace imminente.
Un archipel sous tension
Pour les pays caribéens, ce regain de militarisation américaine représente un risque de déstabilisation supplémentaire. À une période où la région fait face à l’insécurité, au trafic d’armes, à la migration forcée et à la crise haïtienne, l’arrivée du plus grand porte-avions du monde sonne comme un rappel : la géopolitique mondiale se joue aussi dans la mer des Caraïbes.
Dans ce contexte explosif, l’officiel “combat contre la drogue” pourrait n’être que le premier chapitre d’un bras de fer stratégique entre Washington et Caracas — un bras de fer dont les conséquences pourraient dépasser largement les frontières du Venezuela.