Depuis une semaine, la Police nationale d’Haïti mène l’une de ses opérations les plus ambitieuses contre les 400 Mawozo, ciblant directement le cœur du territoire du gang. Les interventions successives ont permis la saisie d’armes et la neutralisation de plusieurs individus armés, démontrant une volonté assumée de reprendre le contrôle de zones longtemps dominées par les groupes criminels.
Mais ces avancées tactiques ont un coût : lors de ces opérations conjointes avec l’armée et la force de suppression des gangs, la PNH a perdu un hélicoptère immobilisé puis détruit après une panne technique. Une perte lourde pour une institution déjà au bord de l’épuisement matériel, faute d’équipements adaptés aux exigences du terrain.
C’est dans ce contexte d’opérations offensives, de pressions contradictoires et de rapports de force fluctuants entre l’État et les groupes armés, que deux messages opposés viennent redéfinir les enjeux sécuritaires de ce lundi à Port-au-Prince.
D’un côté, le chef de la coalition des gangs « Viv Ansanm », Jimmy Chérizier, alias Barbecue, appelle la population et les transporteurs à éviter toute circulation dans la capitale, évoquant un risque d’escalade et menaçant de paralyser les principaux axes routiers.
De l’autre, la Police nationale durcit son discours et sa posture. Dans une courte vidéo diffusée dimanche soir pour galvaniser ses troupes, le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, annonce que l’institution entre en mode offensif.
Selon lui, la police « ne se contente plus de se défendre » : elle entend désormais atteindre les groupes armés dans leurs zones d’opération, inversant ainsi la dynamique qui, depuis des mois, maintenait les forces de l’ordre dans une position essentiellement réactive.
Ce repositionnement stratégique est appuyé par des mesures disciplinaires immédiates. Dans une note adressée aux directeurs centraux, départementaux et aux chefs de service, le chef de cabinet du DG, Berson Soljour, annonce que toutes les permissions et tous les congés des policiers sont suspendus à partir du dimanche 16 novembre 2025, et ce jusqu’à nouvel ordre.
Objectif : mobiliser un maximum d’effectifs sur le terrain pour renforcer la sécurité de la population, alors que la menace d’une paralysie de la capitale s’intensifie.
La journée de lundi s’ouvre ainsi sur un double signal :
— une PNH qui se veut offensive et qui tente de reprendre la main ;
— des gangs qui cherchent à démontrer leur capacité de nuisance, notamment en contrôlant ou en perturbant la mobilité urbaine.
Entre les opérations en cours contre les 400 Mawozo, les tensions croissantes à Port-au-Prince et un appareil d’État éprouvé par des limites logistiques persistantes, la scène sécuritaire haïtienne confirme une fois de plus sa volatilité extrême.
Alternance Média restera mobilisé pour suivre l’évolution des opérations et les réactions des autorités, des acteurs sociaux et de la population face à cette nouvelle phase du conflit sécuritaire.