La rumeur n’en était plus une : la sanction américaine vise bel et bien Fritz Alphonse Jean, membre influent du Conseil Présidentiel de Transition (CPT).En l’identifiant clairement, Washington lève le voile sur un coup de pression qui n’a plus rien de voilé : les États-Unis veulent reprendre la main sur un processus de transition devenu incontrôlable, fragmenté, et miné par les ambitions personnelles.Mais cette révélation transforme aussi ce qui ressemblait à une manœuvre subtile en un message frontal :le CPT n’est plus jugé fiable pour garantir une transition ordonnée vers le 7 février 2026, analyse, dans sa chronique, Ralph Siméon, Éditorialiste politique à « ALTERNANCE MÉDIA « .
Un Conseil déjà affaibli, maintenant exposé
La Villa d’Accueil, siège du CPT, était déjà un champ de bataille politique.
Les divisions internes, les stratégies concurrentes, et la lutte pour contrôler le prochain gouvernement avaient affaibli la transition.
L’apparition de Fritz Jean dans la liste de sanctions — pour soutien présumé aux gangs — frappe le cœur même du dispositif transitoire.
Car Fritz Jean n’est pas un second couteau :
il tentait, selon plusieurs sources, d’écarter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour installer un chef de gouvernement plus docile, plus aligné sur ses intérêts ou ceux de son bloc politique.
Cette dynamique explosive suffisait déjà à fragiliser l’ensemble du processus.
Avec la sanction, elle devient une crise ouverte.
Washington passe du sous-entendu à la mise en scène
Pendant plusieurs jours, le mystère entretenu autour du nom du conseiller visé avait permis aux États-Unis de jouer un coup de bluff d’une efficacité redoutable :
Instauration d’un climat de suspicion au sein du CPT Amplification des divisions internes Pression sur ceux qui envisagent une prolongation du pouvoir après février 2026
En révélant que la cible est Fritz Jean, Washington transforme la menace diffuse en acte public, assumé, théâtralisé.
Le message est désormais limpide :
“Nous fixons les limites. Nous fixons le tempo. Et nous décidons qui reste dans le jeu.”
Ce n’est plus de la diplomatie.
C’est du pilotage direct.
Le 7 février 2026 : la ligne rouge américaine
La sanction contre Fritz Jean ne s’explique pas uniquement par les accusations de soutien aux gangs — accusations que Washington connaissait depuis longtemps.
Elle s’inscrit dans un enjeu beaucoup plus stratégique :
Empêcher que le CPT fabrique un scénario post-7 février qui échapperait au contrôle américain.
À Washington, le spectre d’une transition qui se prolonge indéfiniment, avec un Conseil recomposé à sa guise, est un scénario inacceptable.
La sanction est donc un outil :
Un levier pour imposer un alignement forcé sur le calendrier politique voulu par les États-Unis.
Un coup de force diplomatique, sous emballage moral
Il faut être lucide :
Washington n’a jamais ignoré la collusion entre élites politiques et gangs.
Cette réalité, ancienne de plus de vingt ans, a été tolérée, parfois utilisée, parfois occultée selon les besoins stratégiques du moment.
La différence aujourd’hui n’est pas dans la morale, mais dans le timing.
En ciblant Fritz Jean, les États-Unis :
affaiblissent un CPT déjà vacillant, reconfigurent le rapport de force interne, neutralisent une tentative de prise de contrôle du gouvernement, et redonnent à Washington un rôle d’arbitre suprême de la transition.
Ce n’est plus une simple sanction :
c’est une intervention politique.
Le CPT discrédité, la transition dans le brouillard
Avec cette sanction, le CPT perd le peu de crédibilité qui lui restait.
Comment conduire un pays vers des élections quand l’un de ses membres est accusé par Washington de soutenir des organisations criminelles ?
Le Conseil devient un organe paralysé par :
le soupçon, la méfiance interne, la perte de soutien international, et l’incapacité à incarner une autorité morale ou politique.
Haïti reste donc dans une transition sans boussole, et Washington, une fois encore, apparaît comme juge, arbitre, joueur…
et parfois pyromane.
Le peuple haïtien attend autre chose que ces jeux d’influence
Entre un CPT fragilisé, une diplomatie américaine intrusive, et un pays fragmenté par l’insécurité, la nation haïtienne demeure spectatrice d’un bras de fer entre puissances et élites, alors que la population attend des actes concrets :
sécurité, stabilité, institutions fonctionnelles, un vrai horizon électoral.
Haïti ne peut plus être le décor d’une partie d’échecs géopolitique où chaque acteur avance ses pions pendant que le pays s’effondre.