La confrontation ouverte entre Fritz Alphonse Jean et les chancelleries occidentales a mis en lumière une réalité que l’élite politique hésite encore à nommer : Haïti n’est plus seulement sous influence. Elle est sous contrôle. Et ce contrôle n’est plus l’apanage des États-Unis ; le Canada et la France participent désormais activement à la pression exercée sur les dirigeants haïtiens, Observe, dans sa chronique, Ralph Siméon, éditorialiste politique

Les échanges rendus publics entre Fritz Alphonse Jean et le Chargé d’affaires canadien en sont l’exemple le plus frappant. Un diplomate étranger y menace clairement le Conseiller-Président de sanctions s’il maintient son intention de limoger le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans quel autre pays souverain un tel langage serait-il toléré ? Haïti devient le terrain où des ambassadeurs se permettent ce qu’ils n’oseraient jamais ailleurs.

Il ne s’agit plus de diplomatie ordinaire. Les États-Unis sanctionnent, le Canada intimide, la France relaie et appuie. Ensemble, ces trois puissances agissent comme un directoire informel, se substituant de facto à l’autorité politique haïtienne. Aucun mandat international ne leur donne ce rôle. Mais la faiblesse institutionnelle d’Haïti leur ouvre un boulevard.

Le Conseil Présidentiel de Transition, divisé et politiquement fragile, est devenu un acteur sous pression permanente. Sa dépendance à l’aide internationale, à l’appui sécuritaire et au soutien diplomatique le place dans une position où dire “non” est quasiment impossible. Le pouvoir haïtien ne gouverne plus vraiment : il arbitre sous contrainte.

Le cas Fritz Alphonse Jean n’est donc pas seulement une affaire personnelle. C’est un révélateur. Lorsque des diplomates étrangers décident qui est “fréquentable”, qui doit rester, qui doit partir, qui doit être sanctionné, c’est la souveraineté même qui vacille. Ce sont des fonctions régaliennes, la nomination, la gouvernance, la sanction qui se trouvent externalisées.

La question centrale est désormais simple : La nation Haïtienne décide-t-elle encore pour elle-même ? À voir la tournure des événements, il devient difficile de répondre oui. La transition politique, censée réhabiliter l’autorité de l’État, se déroule en réalité sous un pilotage extérieur assumé, parfois brutal, et souvent humiliant.

Certes, le pays a besoin d’appui international. Mais l’aide ne peut pas devenir la monnaie d’échange d’un contrôle politique. Aucun peuple ne peut reconstruire ses institutions sous menaces constantes, qu’elles soient diplomatiques, économiques ou symboliques.

Haïti doit donc clarifier sa position. Cesser de naviguer dans cette zone grise où l’on réclame le soutien des partenaires étrangers tout en dénonçant l’ingérence. La souveraineté n’est pas une proclamation : c’est une pratique politique, et pour l’instant, cette pratique est confisquée.

Reste une question fondamentale : acceptons-nous de devenir un protectorat officieux, administré à distance par Washington, Ottawa et Paris ? Ou osons-nous reprendre le contrôle, même partiellement, de nos décisions ?

L’avenir immédiat d’Haïti dépend de la réponse à cette question. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront renoncé à la souveraineté faute de courage, de cohésion ou de vision.

By Ralph Siméon

Ralph SIMÉON- journaliste engagé, animateur et entrepreneur. J'ai fait mes premiers pas à Radio Haïti Inter, média emblématique et référence nationale. En France, j'ai cofondé Haïti Tribune avant de rejoindre le service créole de Radio France Internationale ( RFI). Mon parcours incarne un engament constant en faveur de l'information , du lien social et de la valorisation d' Haïti sur la scène internationale.

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