Cap-Haïtien, 29 novembre 2025 — Ce qui était encore considéré comme l’un des derniers espaces relativement sûrs du territoire haïtien est en train de sombrer. Depuis plusieurs semaines, la ville du Cap-Haïtien fait face à une recrudescence inquiétante de kidnappings visant notamment des écoliers, plongeant la population du Nord dans la psychose.
Selon des données communiquées par la Direction Départementale Nord de la Police nationale d’Haïti (PNH), plus de 27 cas de kidnapping ont été recensés pour les mois de septembre et octobre 2025. Une statistique alarmante dans une région longtemps épargnée par la déferlante de violence qui ravage la capitale et l’Artibonite.
Le porte-parole de la PNH dans le Nord, Harold Jean, confirme que plusieurs des victimes sont des enfants et des adolescents. Pire encore, certains écoliers ont rapporté avoir été violés par leurs ravisseurs, selon les témoignages recueillis par des journalistes locaux. Les enlèvements se produisent généralement aux abords des écoles, tôt le matin ou à la sortie des classes, suivant un mode opératoire devenu tristement familier dans le pays.
Une bascule historique pour une ville longtemps perçue comme un refuge
Jusqu’au 10 novembre 2025, le Cap-Haïtien représentait l’un des derniers pôles d’activité encore relativement fonctionnels en Haïti. Son aéroport était le seul à recevoir des vols internationaux, à une période où Port-au-Prince restait paralysée par les affrontements entre gangs et forces de sécurité.
L’équilibre s’est encore fragilisé avec le retour progressif des liaisons aériennes internationales via IBC Airways, mais uniquement entre Les Cayes et Miami. Une ouverture logistique qui n’a toutefois rien changé à la situation sécuritaire dans le Nord, où la dynamique criminelle semble s’étendre inexorablement.
Pour les autorités : “un signal rouge”
Des sources policières parlent d’un “point de bascule” susceptible de faire basculer la région dans un schéma similaire à celui de Port-au-Prince : multiplication des enlèvements, abandon de quartiers entiers par l’État, et perte progressive de contrôle territorial.
Pour l’instant, aucune cellule spécialisée anti-kidnapping n’a été déployée dans le Nord. Les agents affectés dans le département, déjà sous-équipés, avouent officieusement être dépassés face à l’ampleur de la crise.
Une population à bout de souffle
Dans les rues du Cap-Haïtien, les parents vivent dans l’angoisse permanente. Plusieurs écoles ont réduit leurs horaires ou instauré des dispositifs d’escorte improvisés.
“Nous envoyons nos enfants à l’école avec la peur au ventre. Le Cap n’est plus ce qu’il était”, affirme un parent interrogé par un reporters d’une station régionale.
Le Nord, autrefois considéré comme un bastion de stabilité, semble désormais glisser vers la même réalité que le reste du pays : celle d’un territoire que les autorités peinent à protéger, où le kidnapping devient une économie parallèle et un instrument de terreur.