L’ambassade des États-Unis en Haïti a publiquement salué, sur le réseau social X, l’adoption du décret électoral par le Conseil des ministres, y voyant « une étape importante vers le rétablissement de la sécurité, de la stabilité politique et du droit du peuple haïtien de choisir ses dirigeants ». Une sortie diplomatique qui suscite malaise et interrogations, alors que les conditions de validation du texte au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT) sont vivement contestées, souligne, dans sa chronique, Ralph Siméon, éditorialiste politique à « ALTERNANCE MÉDIA «
Plusieurs sources confirment qu’au moment de l’adoption du décret en Conseil des ministres, le quorum politique de cinq conseillers présidentiels votants sur sept n’aurait pas été réuni. Une situation qui alimente les soupçons d’irrégularité et rouvre le débat sur la légitimité des décisions majeures prises dans un contexte de divisions internes au sommet de l’État.
Invité ce mercredi sur Radio Magik9, le conseiller président Frinel Joseph a tenté d’apporter des clarifications juridiques. Se référant à l’article 11.1 du décret régissant le fonctionnement du CPT, il a rappelé que le texte précise que le président du Conseil présidentiel « préside le Conseil des ministres avec les autres membres du Conseil », sans fixer explicitement le nombre exact de conseillers votants requis pour la tenue de cette instance.
Frinel Joseph soutient par ailleurs que le décret électoral a d’abord été validé en conseil statutaire, avec la présence de cinq membres votants, avant d’être transmis au Conseil des ministres pour sa validation finale. Une procédure que les partisans du texte jugent conforme, mais que plusieurs observateurs considèrent comme une interprétation discutable d’un vide juridique.
Dans ce climat d’incertitude institutionnelle, la position de l’ambassade américaine apparaît comme un soutien politique sans nuance à un processus pourtant fragilisé. En félicitant ouvertement l’adoption du décret, Washington semble privilégier l’avancée du calendrier électoral au détriment du respect strict des règles de fonctionnement de la transition.
Ce choix diplomatique soulève une question fondamentale : peut-on crédibiliser des élections futures en validant aujourd’hui des procédures contestées ? À force d’encourager la vitesse au détriment de la rigueur, la communauté internationale prend le risque d’affaiblir davantage une transition déjà minée par la défiance.
Pour le CPT, l’enjeu dépasse largement le seul décret électoral. Il touche à sa capacité à produire des décisions consensuelles, juridiquement solides et politiquement légitimes. Chaque entorse perçue aux règles nourrit un peu plus le soupçon d’un pilotage opaque du processus.
Si les élections constituent une nécessité pour sortir Haïti de l’impasse, leur crédibilité reposera inévitablement sur la transparence et le respect scrupuleux des procédures. À défaut, le pays pourrait se retrouver, une fois de plus, avec des institutions issues d’un processus contesté, porteuses de nouvelles crises à venir.