Ce 7 décembre 2025 marque 53 mois depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Plus de quatre ans plus tard, alors que la justice haïtienne peine toujours à faire la lumière sur ce crime, l’avocat et homme politique André Michel remet le dossier au centre du débat public.

Dans un message publié sur X.com, l’ancien opposant farouche du président Moïse rappelle que, malgré son rôle politique d’antan, son nom n’a jamais été cité dans les enquêtes, ni en Haïti ni aux États-Unis :

« Tout ankèt ki mennen an Ayiti ak nan Peyi Etazini, non pa mwen pa janm site nan krim nan. »

Mais il pointe également un fait troublant qui demeure largement ignoré dans le discours officiel :

plusieurs proches du président assassiné refusent toujours de répondre aux convocations judiciaires, tandis que d’autres ont choisi de rester durablement à l’étranger, se mettant ainsi hors de portée de la justice haïtienne.

Un dossier bloqué par les absences et le silence

Selon des sources judiciaires, plusieurs membres du premier cercle de Jovenel Moïse — conseillers, collaborateurs, responsables sécuritaires ou figures politiques proches — ont été convoqués à maintes reprises par les juges d’instruction.

Pourtant :

certains ne se sont jamais présentés ; d’autres ont quitté le pays peu après le crime ; quelques-uns refusent tout simplement de coopérer, malgré l’importance cruciale de leurs témoignages pour comprendre les heures précédant et suivant l’assassinat.

Ces refus répétés constituent un obstacle majeur à l’avancée du dossier, et renforcent la suspicion de complicités internes ou, à tout le moins, de connaissances sensibles que certains cherchent à éviter de dévoiler.

Un crime international, une vérité toujours morcelée

Les condamnations prononcées aux États-Unis contre plusieurs participants — notamment Rodolphe Jaar et John Joël Joseph — ont permis de comprendre une partie du mécanisme opérationnel du complot.

Mais elles n’ont pas révélé :

les véritables commanditaires, les intérêts financiers et politiques en jeu, les failles internes qui ont rendu possible l’exécution du président dans sa propre chambre.

En Haïti, le système judiciaire demeure fragilisé par les menaces, les ingérences et l’instabilité. La sanction du juge Merlan Bélabre par le CSPJ a également soulevé des inquiétudes sur la capacité de la justice à aller jusqu’au bout de ce dossier explosif.

Pourquoi les proches se taisent-ils ?

C’est la question centrale posée par André Michel :

« Poukisa anpil pwòch Jovenel Moïse kache pou Lajistis ? »

Le silence de plusieurs témoins clés n’est pas anodin.

Il nourrit trois hypothèses majeures :

Ils craignent d’être impliqués, directement ou indirectement. Ils détiennent des informations sensibles qui pourraient ébranler des personnalités puissantes. Ils ont perdu confiance dans la capacité de l’État haïtien à garantir leur sécurité.

Dans tous les cas, leur absence retarde la vérité et affaiblit la quête de justice d’un peuple meurtri.

Une vérité encore cachée, mais inévitable

En affirmant que « Verite a ap soti », André Michel semble autant se défendre qu’adresser un avertissement.

La vérité finira par émerger, dit-il — et ceux qui se cachent aujourd’hui devront tôt ou tard répondre aux questions qu’ils esquivent.

Pour l’instant, Haïti attend.

Et chaque refus de collaborer, chaque fuite à l’étranger, chaque convocation ignorée prolonge l’ombre portée sur ce dossier.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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