ENTRETIEN — Vingt jours après le début de la grève des magistrats debout, Magistrat Walner JOSEPH, commissaire du gouvernement à la Cour d’appel de Hinche et président du COMADH, exhorte, dans un entretien accordé à « ALTERNANCE MÉDIA « , l’État haïtien à appliquer la loi de 2007.

Propos recueillis par Tanes DESULMA

Alors que la justice haïtienne est paralysée depuis vingt jours, le Collectif des Magistrats Debout d’Haïti (COMADH) maintient une grève illimitée.

Le président du Collectif, Magistrat Walner Joseph, revient sur les raisons de cette mobilisation historique, dénonce le « mépris institutionnel » dont seraient victimes les magistrats debout et appelle l’État à appliquer, sans délai, la loi du 27 novembre 2007.

Alternance Média — Vingt jours après le lancement de la grève, quel est l’état de la mobilisation ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Depuis le 17 novembre, tous les magistrats debout sont en grève dans les cinq Cours d’appel, les dix-huit Tribunaux de Première Instance et au Tribunal Spécial du Travail.

Le mouvement est suivi intégralement. Dans des juridictions clés comme Port-au-Prince, les parquets sont totalement paralysés.

Alternance Média — Pourquoi la grève est-elle maintenue sans interruption ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Parce qu’aucune mesure concrète n’a été adoptée. L’État a annoncé une enveloppe pour harmoniser les traitements entre magistrats assis et debout, mais rien n’a été appliqué.

Cette grève traduit dix-huit ans de discriminations, de frustrations et le non-respect de la loi du 27 novembre 2007.

Alternance Média — Que réclame précisément le COMADH ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Nous réclamons l’application intégrale de la loi de 2007 :

– égalité de traitement avec les magistrats assis ;

– primes trimestrielles et primes d’installation ;

– allocations de carburant ;

– cartes de communication et cartes de débit ;

– indemnités de transfert ;

– conditions de travail dignes.

Nous demandons la fin des discriminations internes au système judiciaire.

Alternance Média — Une seule rencontre officielle a eu lieu. Que s’y est-il passé ?

Magistrat Walner JOSEPH :

La réunion s’est tenue le 19 novembre à la Villa d’Accueil, en présence du ministre Patrick Pélissier et du conseiller présidentiel Emmanuel Vertilaire.

Le COMADH y a exposé les discriminations persistantes et la non-application de la loi de 2007.

Alternance Média — Quelle position a exprimée le ministre de la Justice ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Il a reconnu les difficultés, mais n’a pris aucune mesure concrète : ni calendrier, ni document, ni décision immédiate.

Alternance Média — Et la position du conseiller présidentiel Emmanuel Vertilaire ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Il avait déjà reconnu la légitimité de nos revendications en août et promis des actions progressives.

Mais aucune de ces promesses n’a été suivie d’effet.

L’enveloppe budgétaire évoquée n’a produit aucune avancée concrète.

Alternance Média — Pourquoi affirmez-vous qu’aucune solution n’est sortie de cette rencontre ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Parce que rien n’a été appliqué :

– aucune prime versée ;

– aucune allocation harmonisée ;

– carte distribuée avec une différentiation avec les magistrats du siège ;

– aucun ajustement salarial ;

– aucune avancée pour octobre et novembre.

Sans engagement écrit, daté, chiffré, il n’y a pas de solution.

Alternance Média — Les autorités prennent-elles la crise à sa juste mesure ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Leur inertie démontre qu’elles ne réalisent pas l’ampleur de la crise.

La justice est paralysée depuis près de trois semaines. Pourtant, aucune décision d’urgence n’a été prise.

Alternance Média — Pourquoi la loi du 27 novembre 2007 n’a-t-elle jamais été appliquée aux magistrats debout ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Par manque de volonté politique.

Cette loi existe depuis dix-huit ans, mais elle est restée lettre morte pour les magistrats debout.

C’est une forme de mépris institutionnel.

Alternance Média — Quelles discriminations dénoncez-vous ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Elles sont claires :

– cartes de débit inégales ou inexistantes ;

– primes trimestrielles non versées ;

– absence d’indemnités de transfert et d’installation ;

– carburant insuffisant ;

– infrastructures indignes.

Nous faisons partie du même corps, mais nous ne recevons pas les mêmes droits

Alternance Média — Quelles répercussions la grève a-t-elle sur le public ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Les audiences sont suspendues, les dossiers bloqués, les retards explosent, la détention préventive s’aggrave, la crise carcérale s’intensifie.

Mais le système était déjà au bord de l’effondrement avant la grève.

Alternance Média — Que répondez-vous aux citoyens inquiets ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Nous comprenons leurs inquiétudes, mais notre combat vise une justice plus efficace et plus équitable.

Une justice qui discrimine ses propres magistrats ne peut servir correctement les citoyens.

Alternance Média — Que révèle cette crise sur la gouvernance judiciaire ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Elle met en évidence la faiblesse des institutions, l’absence de vision et l’incapacité à appliquer les lois existantes.

La justice haïtienne traverse une crise structurelle.

Alternance Média — Quelles mesures pourraient suspendre la grève ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Nous demandons :

Un engagement écrit, daté et signé sur l’application de la loi de 2007. Le paiement immédiat des primes et avantages dus. Un mécanisme de suivi transparent.

Alternance Média — Le mouvement pourrait-il se durcir ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Oui. La grève est illimitée et peut évoluer si l’État persiste dans le silence.

Alternance Média — Une deuxième rencontre est-elle envisageable ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Oui, mais seulement avec des propositions concrètes, sérieuses et chiffrées.

Nous ne participerons plus à des réunions symboliques.

Alternance Média — Que souhaitez-vous dire au gouvernement et au peuple haïtien ?

Magistrat Walner JOSEPH :

Le COMADH ne réclame aucun privilège.

Nous exigeons simplement le respect de la loi et l’égalité de traitement.

Notre lutte est celle d’une justice digne, efficace et équitable pour tous.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *