Réactiver une CNDDR assainie pourrait offrir une issue aux jeunes enrôlés , priver les chefs de gangs de leur puissance de feu, et redonner l’avantage à la Police nationale d’Haïti.

Les récentes vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des scènes d’une brutalité révoltante : des chefs de Viv Ansanm frappant des jeunes hommes qui refusent de combattre contre la Police nationale d’Haïti (PNH).Ces images révèlent une vérité dérangeante : les chefs de gangs ne tiennent que par la terreur qu’ils exercent sur leurs propres recrues.Beaucoup de ces jeunes ne sont ni des fanatiques ni des criminels aguerris — ce sont des adolescents ou de jeunes adultes enrôlés par peur ou par contrainte.Dans une Haïti plongée dans une spirale de violence, il existe pourtant une arme légale, politique et stratégique que le gouvernement refuse d’actionner : la CNDDR, analyse dans son éditorial Tanes DESULMA, directeur de la rédaction « ALTERNANCE MÉDIA « 

Réactivée, réformée et assainie, elle pourrait offrir une porte de sortie massive aux jeunes enrôlés, priver les chefs de gangs de leurs « troupes » et redonner à la PNH un avantage décisif sur le terrain.

Mais cette arme reste au sol. Et Haïti, elle, continue de saigner.

La CNDDR : un outil paralysé par l’inaction et les mauvaises pratiques

La Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR) a été créée pour organiser la sortie de ceux qui souhaitent abandonner les activités criminelles et réintégrer la société.

Mais faute de volonté politique et en raison d’un déficit de crédibilité, elle n’a jamais rempli son rôle.

Pire encore, certains de ses membres — notamment Jean Rebel Dorcenat — sont régulièrement dénoncés par la population et par des organisations de défense des droits humains.

Une structure chargée d’offrir une alternative crédible aux jeunes ne peut pas traîner de telles casseroles.

Pourtant, des personnalités sérieuses et crédibles existent au sein de l’institution :

Enold Florestal, le coordonnateur, Alexis Claudy, Michel Jean Marie Léonidas.

Ce noyau doit être préservé.

Mais la CNDDR doit être assainie et entièrement réorganisée pour redevenir un instrument public fiable.

Un statut de repenti à la haïtienne : une stratégie offensive, pas une faveur

Face à l’effondrement sécuritaire, Haïti doit adopter un mécanisme inspiré du modèle des repentis italiens.

Il ne s’agit pas d’amnistier tout le monde, mais d’utiliser l’intelligence et la peur de la justice pour affaiblir les chefs de gangs.

Un repenti haïtien devrait respecter trois conditions simples :

1. Reconnaître sa participation à des actes criminels

La vérité d’abord. Pas de faux-semblants.

2. Fournir des informations exploitables

Des révélations permettant :

d’empêcher une attaque, de faire cesser des préparatifs criminels, d’identifier complices ou commanditaires, ou de démanteler un réseau.

3. Coopérer de manière complète et déterminante

Une collaboration réelle, vérifiable et utile à la PNH.

En échange, l’État offrirait :

un nom d’emprunt, une protection policière, une réduction de peine, des conditions de détention adaptées, et, dans des cas exceptionnels, une exemption totale de poursuites si la coopération permet de neutraliser des réseaux majeurs.

Ce n’est pas une récompense. C’est une stratégie.

Couper les jambes des chefs de gangs en libérant leurs jeunes recrues : voilà le cœur du dispositif.

Sans la CNDDR, la PNH combat à armes inégales

La PNH fait face à des groupes lourdement armés, bien retranchés, qui utilisent des jeunes comme boucliers humains.

Tant que le gouvernement refusera de relancer la CNDDR — et d’y instaurer un mécanisme crédible de repentis — les chefs de gangs continueront de disposer d’un vivier inépuisable de nouvelles recrues.

Les forces de l’ordre peuvent gagner des batailles.

Mais elles ne gagneront jamais la guerre si l’État ne casse pas le recrutement des gangs.

Le Premier ministre, Didier Fils- Aimé et le CPT doivent agir maintenant

Le retour à l’ordre est indispensable pour organiser des élections et restaurer l’État.

Pour cela, le Premier ministre et le Conseil présidentiel de transition (CPT) doivent prendre leurs responsabilités :

Relancer la CNDDR immédiatement, Assainir la structure, Écarter les membres décriés, Renforcer les cadres crédibles, Offrir une sortie encadrée aux jeunes enrôlés, Et frapper les chefs de gangs au cœur de leur pouvoir : leurs troupes.

Aujourd’hui, la CNDDR est l’arme la plus simple, la moins coûteuse et la plus efficace que l’État refuse d’utiliser.

L’histoire jugera sévèrement cette inaction.

Désarmer une génération pour sauver un pays

Les jeunes enrôlés dans les gangs ne sont pas tous irrécupérables.

Beaucoup cherchent une issue, une échappatoire, un futur.

L’État doit la leur offrir, pour sauver des vies, réduire la violence et redonner une chance à la démocratie.

Sans la CNDDR, aucune paix durable n’est possible.

Avec elle, Viv Ansanm peut être brisé de l’intérieur.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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