L’installation du commissaire divisionnaire Jacques Ader à la tête de la Direction départementale de l’Ouest 1 n’a pas provoqué le sursaut attendu. Elle a surtout exposé, une fois de plus, l’ampleur du naufrage sécuritaire et institutionnel du pays. La Police nationale d’Haïti (PNH) est épuisée, désorganisée et livrée à elle-même, pendant qu’un État sans vision ni courage politique se contente de gérer l’urgence, observe, dans sa chronique, Ralph Siméon, éditorialiste Politique

Le constat sur le terrain est accablant. Dans la zone métropolitaine comme dans l’ensemble du département de l’Ouest, la quasi-totalité des commissariats sont aujourd’hui désertés par les policiers ou pillés et incendiés par des gangs lourdement armés. Ces bâtiments publics, autrefois symboles de l’autorité républicaine, sont devenus les preuves matérielles de l’effondrement de l’État.

Dans ce contexte, Jacques Ader promet de faire mieux que son prédécesseur. Mais avec quels moyens ? Sous quelles instructions politiques ? Et pour quel projet sécuritaire ? Ces interrogations demeurent entières. Son passage à la tête du département de l’Artibonite n’a pas permis d’endiguer l’expansion des groupes armés. Au contraire, les gangs y ont consolidé leurs positions, gagnant du terrain presque sans opposition.

Aujourd’hui, le commissaire divisionnaire hérite de la région la plus stratégique et la plus touchée par l’insécurité : l’Ouest, cœur politique, économique et démographique du pays. Une zone où l’insécurité n’est plus un phénomène ponctuel, mais un système structuré, organisé et durable. Lui demander des résultats sans lui fournir ni effectifs suffisants, ni équipements adéquats, ni soutien politique clair relève davantage de la communication que d’une véritable politique de sécurité.

La crise de la PNH est profonde. Manque criant d’effectifs, pénurie de matériel, fatigue morale, absence de perspectives : les policiers sont envoyés au front sans stratégie globale, sans protection institutionnelle et sans reconnaissance. Quand ils se replient ou désertent, ils deviennent les boucs émissaires d’un échec qui relève avant tout de la responsabilité politique.

Derrière cet effondrement sécuritaire se pose une question fondamentale : l’État haïtien est-il encore disposé à exercer son autorité ? Les signaux envoyés par les dirigeants sont inquiétants. Pendant que les gangs s’arment, s’organisent et contrôlent des territoires entiers, le pouvoir hésite, temporise, et donne l’impression de subir plutôt que d’agir. Cette inertie nourrit l’idée dangereuse que l’insécurité est tolérée, voire instrumentalisée.

Le problème n’est donc pas un homme, ni une nomination de plus. Le problème est un État qui a renoncé à rétablir l’ordre républicain et constitutionnel. Tant que les décisions courageuses seront repoussées, tant que les réformes structurelles du secteur de la sécurité seront évitées, aucune stratégie ne pourra réussir.

Haïti ne manque pas seulement de policiers. Elle manque d’un pouvoir politique prêt à assumer ses responsabilités historiques : rétablir l’autorité de l’État, garantir la sécurité des citoyens et ouvrir la voie à un véritable retour à l’ordre constitutionnel. Sans volonté politique claire, la PNH restera à bout de souffle et le pays prisonnier du chaos.

By Ralph Siméon

Ralph SIMÉON- journaliste engagé, animateur et entrepreneur. J'ai fait mes premiers pas à Radio Haïti Inter, média emblématique et référence nationale. En France, j'ai cofondé Haïti Tribune avant de rejoindre le service créole de Radio France Internationale ( RFI). Mon parcours incarne un engament constant en faveur de l'information , du lien social et de la valorisation d' Haïti sur la scène internationale.

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