Éditorial
La coalition de gangs Viv Ansanm a porté la violence en Haïti à un niveau inédit, tout en cherchant à transformer la terreur armée en influence politique. À l’approche de la fin de la transition prévue en février 2026, les gangs visent désormais l’État lui-même, espérant imposer leurs alliés et obtenir une amnistie. Face à cette menace, l’usage de la force ne suffira pas : Haïti devra reprendre le contrôle du territoire, protéger les civils et organiser une démobilisation sans impunité, analyse , dans son éditorial,✍️ Tanes DESULMA, directeur de la rédaction – Alternance Média
Il faut appeler les choses par leur nom : Viv Ansanm n’est pas un mouvement social, ni une cause politique.
C’est une alliance criminelle, née du sang, nourrie par l’argent sale et prospérant sur l’effondrement de l’État.
Depuis 2022, Haïti vit une spirale de violence sans précédent : milliers de morts, viols massifs, quartiers vidés, écoles fermées, institutions détruites. Pendant que la population survit, les gangs perfectionnent leur stratégie : tuer, contrôler, puis se présenter comme des libérateurs.
La grande escroquerie : “nous protégeons les pauvres”
Viv Ansanm a compris qu’on peut tout voler en Haïti, sauf la légitimité. Alors elle se fabrique un discours : dénonciation des élites, rhétorique nationaliste, mise en scène sur les réseaux sociaux, distributions symboliques.
Mais la vérité est implacable : les gangs rackettent ceux qu’ils prétendent défendre. Péages illégaux, extorsions de marchés, enlèvements, violences sexuelles. Leur “cause” est un business.
2026 : l’objectif réel n’est pas la rue, mais l’État
À l’approche de février 2026, fin annoncée de la transition, Viv Ansanm ne cherche plus seulement à contrôler des territoires : elle veut peser sur le pouvoir, placer des alliés dans l’administration et obtenir ce qu’elle convoite le plus — une amnistie générale.
Ce serait la victoire sans bataille : tuer aujourd’hui, gouverner demain, effacer les crimes après-demain.
La force est nécessaire, mais elle doit être stratégique
Le rapport de Crisis Group est clair : sans rapport de force, l’État capitule. La future force internationale peut inverser la dynamique, à condition d’éviter une guerre aveugle en zones urbaines qui broierait les civils et nourrirait de nouveaux recrutements.
Reprendre les axes, casser l’économie criminelle, sécuriser durablement les zones reconquises : pas des opérations spectaculaires, mais une stratégie de reconquête.
Après la force, la question qui dérange
Une réalité s’impose : on ne dissout pas des milliers d’hommes armés uniquement par la répression. Une fois l’État en position de force, des voies de démobilisation devront exister, notamment pour les mineurs enrôlés.
Mais qu’il n’y ait aucune ambiguïté : dialogue ne signifie pas amnistie, et paix ne veut pas dire oubli.
La CNDDR, le chaînon manquant
Parler de démobilisation sans une Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) fonctionnelle relève de la fiction. Conçue pour encadrer les sorties de gangs, elle est aujourd’hui paralysée. Sans une CNDDR crédible, indépendante et strictement encadrée, toute tentative de sortie de crise risque de se transformer en impunité déguisée. Désarmer sans réinsérer, c’est préparer la prochaine guerre.
Le cœur du problème : les gangs ne sont pas nés seuls
Les gangs ne sont pas une anomalie surgie du néant. Ils ont longtemps été armés, financés et utilisés par des secteurs politiques et économiques. Aujourd’hui, ils ont pris leur autonomie, mais les circuits demeurent.
Si l’État frappe les exécutants et épargne les financeurs, la violence se régénérera.
La paix ne se négocie pas avec le mensonge
Haïti doit sortir du faux choix entre la guerre totale et l’amnistie totale. Les deux mènent au désastre.
La seule voie crédible est claire : reprendre le territoire, protéger les civils, désarmer sans blanchir, démobiliser sans récompenser, et juger aussi ceux d’en haut.
Sinon, Viv Ansanm n’aura même pas besoin de gagner militairement.
Il lui suffira d’entrer dans l’État — armes encore chaudes, crimes effacés.
Et ce jour-là, Haïti ne sera plus un pays en crise.
Ce sera un pays pris en otage.