Une conférence publique consacrée à la double dette de l’indépendance haïtienne s’est tenue le mardi 16 décembre 2025 à l’Université Panthéon-Sorbonne, à Paris. Intitulée « Haïti–France, 1825–2025 : indemnités post-coloniales, bilan et perspectives », cette rencontre académique s’inscrit dans le cadre des actions menées par le Comité National Haïtien de Restitution et de Réparation (CNHRR) pour la reconnaissance et la réparation des préjudices historiques subis par Haïti.
Parmi les principaux intervenants figurait le professeur Dieuseul Prédélus, recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH) et président du CNHRR. Devant un public composé d’universitaires, d’étudiants, de chercheurs et de membres de la diaspora haïtienne, il a rappelé les circonstances dans lesquelles la France a imposé à Haïti, en 1825, une indemnité financière en échange de la reconnaissance de son indépendance, pourtant acquise dès 1804 à l’issue d’une lutte victorieuse contre l’esclavage et la domination coloniale.
Selon le professeur Prédélus, cette indemnisation, imposée sous la menace militaire, constitue une injustice historique majeure ayant lourdement pesé sur le développement économique, institutionnel et social d’Haïti pendant plus d’un siècle. Il a souligné que cette dette, qualifiée aujourd’hui de post-coloniale, a contraint l’État haïtien à s’endetter durablement auprès d’institutions financières étrangères, affaiblissant sa souveraineté et ses capacités d’investissement.
Dans son intervention, le président du CNHRR a tenu à préciser que la démarche engagée par Haïti ne relève ni d’une demande de charité, ni d’un esprit de revanche. Il s’agit, a-t-il affirmé, d’une exigence légitime fondée sur le droit international, en cohérence avec la reconnaissance de l’esclavage et de la traite négrière comme crimes contre l’humanité. Cette reconnaissance implique, selon lui, des responsabilités historiques et juridiques pour les États qui en ont tiré profit.
La conférence a également réuni plusieurs personnalités du monde académique et intellectuel, dont Mathilde Ackermann, historienne, Jean-Claude Bruffaerts, écrivain, Ronald Jean-Jacques, professeur à l’UEH, Ornella Braceschi, du Collectif de la France, Cécilie Jacques, juriste, et Jean-Marie Théodat, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Leurs interventions ont permis d’aborder la question des indemnités sous les angles historique, juridique, économique et mémoriel.
Les échanges ont mis en lumière les conséquences structurelles de l’indemnité de 1825, notamment l’entrave durable au développement d’Haïti et les déséquilibres persistants dans les relations entre l’ancienne colonie et l’ancienne puissance coloniale. Les intervenants ont également évoqué les débats internationaux en cours sur les réparations, la restitution et la justice post-coloniale.
En organisant cette conférence dans un cadre universitaire de référence, le CNHRR poursuit sa mission de sensibilisation, de documentation et de plaidoyer autour de la dette de l’indépendance. Deux cents ans après l’ordonnance de 1825, cette initiative témoigne de la volonté de maintenir la question de la restitution et des réparations post-coloniales au cœur du débat public et académique, tant en Haïti qu’à l’international.