À Port-au-Prince, Noël se déroule sous la menace des balles, de la faim et de l’abandon. Les rues sont silencieuses, les foyers endeuillés, l’espoir étouffé. Tandis que le peuple tente de survivre dans un pays en ruines, le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement se distinguent par leur appétit pour les privilèges et les indemnités, dans une indifférence choquante à la souffrance collective.

Depuis plusieurs années, la crise multidimensionnelle qui frappe Haïti a profondément bouleversé le quotidien des citoyens. La montée en puissance des gangs armés, les déplacements forcés de milliers de familles, l’inflation galopante et l’effondrement du pouvoir d’achat réduisent les priorités à l’essentiel : survivre. Pour une grande majorité de la population, célébrer Noël est devenu un luxe inaccessible.

Dans les quartiers de la capitale, rares sont ceux qui disent encore ressentir l’ambiance des fêtes. Beaucoup estiment que l’heure n’est plus à la célébration, mais à la survie. L’esprit de Noël est étouffé par les préoccupations quotidiennes et l’absence de perspectives.

« S’il y a une fête, ce n’est pas pour nous »

Bénél, peintre de formation reconverti en chauffeur de taxi-moto, a été rencontré à Bois-Verna. Il ne cache ni sa lassitude ni son amertume.

« À ce que je vois, il n’y a pas de fête. Les années précédentes, la situation était meilleure. Aujourd’hui, c’est l’insécurité qui détruit le pays. S’il y a une fête, ce n’est pas pour nous, les plus démunis », lâche-t-il.

Même constat à Pétion-Ville. Devant son petit commerce de boissons gazeuses près de la place Saint-Pierre, Fenel, père de deux enfants, décrit une ville éteinte dès la tombée de la nuit.

« Cette année, je ne vois pas de fête. Dans ma zone, dès qu’il est 18 heures, tout le monde rentre chez soi. Avant, il y avait des activités, des jeunes qui jouaient au football ou au basket. Aujourd’hui, il n’y a plus rien », regrette-t-il.

Déplacés, affamés, oubliés

La situation est encore plus dramatique pour les personnes déplacées par la violence des gangs. Mona, originaire de Onaville à Croix-des-Bouquets, a dû abandonner sa maison depuis la fin de l’année 2023. Hébergée temporairement chez des proches, elle vit dans une instabilité permanente.

« J’ai des enfants, je ne peux pas toujours les nourrir ni les habiller. Je dors chez des gens, parfois je change d’endroit. Dans ces conditions, je ne peux pas dire que je suis dans l’esprit de Noël », confie-t-elle, la voix brisée.

Pendant que le peuple souffre, les dirigeants se servent

Cette morosité contraste violemment avec le comportement de ceux qui dirigent le pays. Selon des informations persistantes, chaque conseiller présidentiel réclamerait jusqu’à 600 000 dollars américains comme indemnité de fin de mandat, alors même que la transition politique est censée s’achever le 7 février 2026. Une revendication jugée indécente par de nombreux observateurs, dans un pays où une grande partie de la population peine à se nourrir.

Le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement sont de plus en plus accusés de nager dans la corruption, une corruption qui toucherait non seulement les conseillers, mais aussi plusieurs ministres. Pendant que les citoyens vivent un Noël sans pain, sans sécurité et sans espoir, les élites politiques semblent préoccupées par le partage des privilèges et des ressources publiques.

Un Noël sans illusion

À Port-au-Prince, Noël 2025 n’est ni une fête ni une parenthèse enchantée. Il est le miroir d’un État défaillant, d’une gouvernance déconnectée et d’un peuple abandonné à lui-même. Pour beaucoup de familles haïtiennes, l’espoir ne se trouve plus sous le sapin, mais dans l’attente, incertaine, d’un lendemain moins violent et plus juste.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *