L’intervention américaine au Venezuela, revendiquée publiquement par Donald Trump lors d’une conférence de presse depuis sa résidence, marque un tournant majeur dans les rapports de force sur le continent américain. En brandissant explicitement la doctrine de Monroe, « l’Amérique aux Américains », le président américain assume le retour d’une vision hégémonique des États-Unis sur l’ensemble de l’hémisphère occidental.
Une doctrine née au XIXᵉ siècle, longtemps considérée comme dépassée, revient aujourd’hui au cœur du jeu géopolitique, dans un monde où la loi du plus fort tend à supplanter le multilatéralisme, analyse dans sa chronique, Ralph Siméon, éditorialiste « ALTERNANCE MÉDIA »
Trump et le retour d’un impérialisme assumé
En se félicitant de la chute du régime de Nicolás Maduro, Donald Trump ne se contente pas de dénoncer une dictature. Il affirme une ligne stratégique claire : l’Amérique latine est une zone d’influence exclusive des États-Unis. Dans cette lecture du monde, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Europe n’ont vocation à y jouer un rôle durable.
Le message envoyé est sans ambiguïté : Washington entend reprendre le contrôle politique, sécuritaire et idéologique de son « arrière-cour », quitte à balayer les principes de souveraineté des États concernés. Le Venezuela devient ainsi le symbole du retour d’un impérialisme américain décomplexé, assumé et revendiqué.

La France s’aligne sans nuance
Face à cette démonstration de force, la réaction d’Emmanuel Macron interpelle. Le président français a salué l’intervention américaine, se félicitant de la fin de la dictature vénézuélienne et exprimant son souhait de voir accéder au pouvoir le principal opposant de Nicolás Maduro lors des dernières élections.
Sur le plan des valeurs, la critique du régime chaviste peut s’entendre. Mais sur le plan stratégique, cette prise de position pose un sérieux problème. En s’alignant publiquement sur Washington, Paris valide implicitement une intervention fondée sur la doctrine de Monroe, doctrine qui repose précisément sur l’exclusion de toute influence européenne sur le continent américain.
La grande contradiction de la France
Cette posture est d’autant plus paradoxale que la France est elle-même une puissance présente sur le continent américain. Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Martin, Saint-Barthélemy : ces territoires français, pleinement intégrés à la République et à l’Union européenne, se situent au cœur même de la zone que Donald Trump entend placer sous contrôle exclusif des États-Unis.
Applaudir le retour de la doctrine de Monroe revient, pour Paris, à fragiliser sa propre légitimité stratégique dans la Caraïbe. C’est accepter une vision du monde dans laquelle la présence française et européenne dans la région pourrait, demain, être considérée comme secondaire, négociable, voire indésirable.
Erreur stratégique ou renoncement assumé ?
En diplomatie, les mots engagent autant que les actes. En félicitant sans réserve une intervention américaine fondée sur une doctrine hégémonique, Emmanuel Macron affaiblit la capacité de la France à défendre sa souveraineté ultramarine, son rôle régional et son discours en faveur d’un monde multipolaire qu’il revendique pourtant sur d’autres dossiers internationaux.
Deux lectures s’imposent alors : soit l’Élysée a sous-estimé la portée politique du retour de la doctrine de Monroe, commettant une erreur stratégique majeure ; soit cet alignement traduit un renoncement assumé, voire une acceptation tacite du déclassement français dans son propre environnement caribéen.
Le Venezuela, révélateur d’un malaise diplomatique
Au-delà du cas vénézuélien, cet épisode révèle une diplomatie française en perte de cohérence, oscillant entre ambitions globales affichées et réalités géopolitiques mal assumées. En s’alignant sur l’agenda de Washington, Paris donne le sentiment de subir les rapports de force plutôt que de les penser et de les contester.
La chute de Maduro constitue peut-être une victoire pour les États-Unis. Mais le retour assumé de la doctrine de Monroe est un avertissement stratégique. Et en choisissant l’alignement, la France prend le risque de voir ses intérêts, notamment en outre-mer, relégués au second plan dans un continent qu’elle habite pourtant pleinement.