Une initiative de médiation lancée à l’approche du 7 février, dans un climat de fortes contestations politiques.

Port-au-Prince — À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), une initiative de médiation politique émerge dans un climat de fortes tensions institutionnelles. Une lettre datée du 12 janvier, obtenue par Alternance Média, a été adressée à André Michel, coordonnateur de l’Accord du 21 décembre, l’invitant à rejoindre un processus de dialogue destiné à préparer l’« après-7 février »  .

Le courrier émane de Pierre André Dumas, évêque d’Anse-à-Veau et de Miragoâne. Celui-ci affirme avoir été sollicité par « une vingtaine de coalitions issues des secteurs politique, économique et de la société civile » afin de faciliter une médiation nationale visant à éviter un vide institutionnel. Il évoque également l’implication d’acteurs internationaux, notamment l’Organisation des États américains (OEA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).

André Michel, interlocuteur jugé central

Selon des informations recueillies par Alternance Média, Monseigneur Dumas aurait, en amont, échangé avec plusieurs personnalités influentes de la CARICOM. Ces dernières lui auraient conseillé de s’adresser directement à André Michel, considéré comme l’acteur disposant de la plus grande légitimité interne parmi les signataires de l’Accord du 21 décembre.

Dans sa lettre, l’évêque insiste sur l’importance de cet accord dans la vie politique nationale et invite ses signataires à soumettre des propositions concrètes pour la conduite de la transition : choix d’un président unique ou d’un exécutif collégial, désignation d’un premier ministre issu de la société civile, du secteur privé ou politique, ainsi que la définition de critères d’éligibilité précis pour les principales fonctions exécutives  .

Une initiative loin de faire consensus

Si la démarche se veut inclusive, elle suscite toutefois de vives réserves. Plusieurs organisations de la société civile et structures politiques contestent la légitimité de Monseigneur Dumas à jouer un rôle de médiateur. Elles lui reprochent notamment ses liens avec le Rassemblement pour une Entente Nationale (REN), considéré comme proche de la conseillère présidente Régine Abraham. Pour ces acteurs, cette proximité politique compromettrait la neutralité requise dans un processus de médiation censé rassembler des camps profondément divisés.

Du côté de l’Église catholique, une clarification a également été apportée. Son service de communication a indiqué que Monseigneur Dumas n’agissait pas au nom de l’institution ecclésiale, tout en précisant que celle-ci ne s’opposait pas à sa prise d’initiative à titre personnel. Une position prudente, qui marque une distance institutionnelle sans pour autant désavouer l’évêque.

Une invitation sans réponse, à ce stade

Contacté par Alternance Média, André Michel n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article. Son silence, volontaire ou circonstanciel, laisse en suspens une question centrale : celle de l’adhésion — ou non — de l’Accord du 21 décembre à un processus de médiation déjà fragilisé par les controverses entourant son initiateur.

Dans un contexte marqué par une insécurité persistante, l’effritement de l’autorité de l’État et l’absence de consensus politique, cette initiative illustre à la fois l’urgence d’une solution concertée et la difficulté chronique à identifier des médiateurs faisant l’unanimité. À quelques semaines du 7 février, l’équation demeure entière : organiser la suite de la transition sans accentuer les fractures qui paralysent déjà la vie publique.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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