Depuis la fin du mois de décembre, la dynamique sécuritaire semble amorcer un tournant en Haïti. Longtemps retranchés dans leurs fiefs, plusieurs chefs de gangs voient aujourd’hui leurs zones d’influence directement ciblées par des opérations policières de plus en plus offensives. La peur, longtemps imposée aux populations civiles, paraît progressivement changer de camp.
La dernière intervention d’envergure menée par la Police nationale d’Haïti s’est déroulée ce lundi 19 janvier 2026 dans la zone de Tokyo, à Delmas 2. Selon les informations communiquées par la Direction de communication de la PNH, six individus armés ont été mortellement blessés lors des échanges avec les forces de l’ordre, tandis que plusieurs autres ont été atteints. Des véhicules utilisés par les bandits ont également été détruits.
L’opération a permis la saisie d’un arsenal important. Les forces de sécurité ont récupéré notamment dix huit fusils de calibre 12, trois fusils d’assaut de type AR 15, un fusil de calibre 22, huit pistolets, ainsi qu’une quantité considérable de munitions de différents calibres. Cinq drones ont également été saisis, mettant en lumière l’usage croissant de technologies avancées par les groupes armés.
Par ailleurs, des uniformes de police, dont certains portant des insignes de grade, des gilets pare balles, des bombonnes de gaz lacrymogènes ainsi que des billets de petite coupure ont été récupérés sur les lieux. Ces éléments confirment une nouvelle fois la stratégie de camouflage et d’usurpation d’identité adoptée par les gangs pour semer la confusion au sein de la population.
Cette opération s’inscrit dans une série d’interventions ciblées menées ces dernières semaines dans plusieurs quartiers sensibles de la région métropolitaine. Une semaine plus tôt, des actions intensives avaient été conduites au centre ville, à Bel Air et à Delmas 4, dans des zones réputées sous contrôle de chefs de gangs affiliés à la coalition Viv Ansanm. Des armes de guerre, des équipements tactiques et des uniformes de la PNH y avaient également été saisis.
Selon plusieurs sources sécuritaires, ces résultats sont le fruit d’une évolution notable dans la stratégie opérationnelle. L’usage plus systématique des drones de surveillance, une meilleure coordination entre les unités spécialisées sur le terrain et une exploitation plus efficace des données issues des services de renseignement ont permis d’anticiper les mouvements des groupes armés.
À cela s’ajoute la présence sur le terrain de services de sécurité privée opérant en appui, en coordination avec les forces publiques et la Force de répression des gangs. Cette synergie opérationnelle semble avoir renforcé la capacité de frappe et la rapidité d’intervention des forces engagées.
Le quartier de Tokyo, situé à moins de deux kilomètres de Delmas 6, longtemps considéré comme une zone d’influence stratégique pour des figures majeures du banditisme armé, illustre l’extension du champ d’action de la PNH. Selon plusieurs informations concordantes, certains chefs de gangs auraient été contraints de se replier face à la pression exercée.
Dans un contexte marqué par des années d’impunité et de contrôle territorial des gangs, ces opérations répétées envoient un signal fort. Reste toutefois à savoir si cette montée en puissance pourra s’inscrire dans la durée et s’accompagner d’un renforcement institutionnel durable, condition indispensable au rétablissement effectif de la sécurité et de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.