Washington, 21 janvier 2026 – L’affaire Jeffrey Epstein continue de faire vaciller les plus hautes sphères du pouvoir américain. Mercredi, la commission Oversight de la Chambre des représentants a voté pour lancer une procédure formelle contre Bill et Hillary Clinton, accusés d’entrave au Congrès après avoir refusé de répondre à une assignation à comparaître dans le cadre de l’enquête parlementaire sur le réseau du financier pédocriminel.
« Aucun témoin, qu’il soit ancien président ou simple citoyen, ne peut délibérément mépriser une assignation à comparaître proprement émise par le Congrès sans conséquence », a déclaré le républicain James Comer, président de cette puissante commission.
Une procédure aux conséquences pénales lourdes
La commission a adopté, avec des voix républicaines mais aussi démocrates, des résolutions recommandant de retenir les Clinton en état de contempt of Congress (mépris du Congrès).
Un vote en séance plénière de la Chambre des représentants doit désormais se tenir pour valider ou non ces recommandations.

Si la Chambre approuve, le dossier serait transmis au ministère de la Justice, dirigé par Pam Bondi, une fidèle de Donald Trump.
Une inculpation pénale pourrait alors être engagée contre le couple Clinton.
En cas de poursuites et de condamnation, Bill et Hillary Clinton encourraient jusqu’à 12 mois de prison.
« Les Clinton doivent rendre des comptes pour leurs actes », a insisté James Comer en amont du vote.
Refus de témoigner et bras de fer politique
L’ancien président démocrate (1993-2001) et son épouse, ex-secrétaire d’État et candidate malheureuse à la présidentielle de 2016, avaient été assignés à comparaître séparément la semaine dernière pour des auditions à huis clos sur leurs liens passés avec Jeffrey Epstein.
Dans une lettre au ton particulièrement acerbe adressée à la commission, le couple a annoncé son refus de se présenter, accusant James Comer de mener une offensive politique plutôt qu’une véritable recherche de vérité.
« Nous avons essayé de vous donner le peu d’informations que nous avons. Nous l’avons fait parce que les crimes de M. Epstein étaient horribles », écrivent-ils, dénonçant une procédure qu’ils jugent abusive, partisane et juridiquement infondée.
Pour James Comer, au contraire, les Clinton ont fait preuve « non de coopération mais de défiance, marquée par des retards répétés, des excuses et des obstacles ».
Ghislaine Maxwell convoquée… mais muette
Lors de la réunion de la commission, James Comer a également annoncé que Ghislaine Maxwell, ancienne compagne et complice de Jeffrey Epstein, serait entendue le 9 février par la commission.
Condamnée à 20 ans de prison pour exploitation sexuelle de mineures, l’ancienne mondaine usera toutefois de son droit au silence, selon ses avocats cités par le président de la commission.
Une affaire toujours minée par l’opacité
Figure de la jet-set new-yorkaise, Jeffrey Epstein est accusé d’avoir exploité sexuellement plus de mille jeunes femmes, dont de nombreuses mineures.
Il avait été retrouvé pendu dans sa cellule new-yorkaise en 2019, avant son procès pour crimes sexuels — une mort qui a alimenté d’innombrables théories du complot impliquant des personnalités de premier plan.
Durant sa campagne de 2024, Donald Trump s’était engagé à rendre public l’intégralité du dossier Epstein.
Mais depuis son retour au pouvoir, son administration est accusée de traîner les pieds.
Fin décembre, le gouvernement américain a commencé à publier des milliers de photos, vidéos et documents liés au financier.
Mais ces publications ne représenteraient qu’environ 1 % de l’ensemble des archives disponibles, et nombre de fichiers sont massivement caviardés.
« Il est honteux, illégal et inconstitutionnel que le ministère de la Justice n’ait publié que 1 % de tous les documents », a dénoncé mercredi l’élu démocrate Robert Garcia.
Clinton, Trump et Epstein : des relations embarrassantes
Bill Clinton a reconnu avoir voyagé à plusieurs reprises à bord du jet privé d’Epstein et avoir été photographié de nombreuses fois en sa compagnie.
Il affirme toutefois n’avoir plus eu de contact avec le financier depuis plus d’une décennie et a toujours nié toute connaissance de ses crimes.
Donald Trump, lui aussi un temps proche d’Epstein, a également nié avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir rompu toute relation avec lui bien avant ses ennuis judiciaires.
Une séquence explosive pour la démocratie américaine
La mise en cause formelle des Clinton marque une escalade politique et judiciaire majeure dans une affaire déjà saturée de soupçons, de secrets d’État et de règlements de comptes partisans.
Elle pose une question centrale :
la lumière sera-t-elle enfin faite sur l’ampleur réelle du réseau Epstein et sur les responsabilités des élites politiques, financières et médiatiques qui l’ont côtoyé pendant des années ?
Pour l’heure, une certitude s’impose :
l’affaire Epstein continue de hanter la démocratie américaine — et pourrait, cette fois, emporter avec elle certaines de ses figures les plus emblématiques.