Invité de l’émission Haïti Kibò w Kanpe, animée par le journaliste Bichara Saint-Jean, le président du parti Haïti Solidaire, Serge Pierre-Louis, a livré une analyse sévère de la transition politique en cours en Haïti, qu’il considère comme l’une des plus défaillantes de l’histoire contemporaine du pays.
Dans une intervention structurée et sans concession, le dirigeant politique a affirmé que le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement actuel commettent une erreur fondamentale : confondre l’exercice du pouvoir avec la responsabilité politique.
Selon lui, dans un contexte de transition, la finalité ne peut être la conquête ou la préservation du pouvoir, mais la réussite collective d’une mission temporaire visant à éviter l’effondrement de l’État et à restaurer l’ordre démocratique.
Transition politique en Haïti : une confusion fatale entre pouvoir et responsabilité
Pour Serge Pierre-Louis, la transition politique doit être comprise comme une béquille institutionnelle, un mécanisme exceptionnel destiné à stabiliser le pays et à créer les conditions minimales d’un retour à la légalité constitutionnelle.
« Dans une transition, il ne devrait pas y avoir de lutte de pouvoir, mais une responsabilité politique partagée », a-t-il insisté, estimant que les rivalités internes, les calculs partisans et l’absence de vision commune ont vidé le processus transitoire de son sens.
Il juge que le CPT, tout comme le gouvernement dirigé par le Premier ministre, n’ont pas été à la hauteur des attentes, notamment sur les dossiers cruciaux de la sécurité, de la gouvernance publique et du dialogue national. À ses yeux, l’échec est collectif et engage également la responsabilité des partis et acteurs politiques ayant participé à la mise en place de l’architecture actuelle de la transition.
Crise sécuritaire et gouvernance : un échec collectif du CPT et du gouvernement
Allant plus loin, le président d’Haïti Solidaire estime que ces acteurs devront, tôt ou tard, rendre des comptes au peuple haïtien. Il dénonce l’incapacité du pouvoir transitoire à enrayer la spirale de l’insécurité, à rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et à offrir une perspective crédible de sortie de crise.
Pour lui, l’échec de la transition ne relève pas uniquement de contraintes objectives, mais aussi d’un déficit de leadership, de méthode et de responsabilité politique, dans un pays déjà fragilisé par des années de crises institutionnelles successives.
Transition de salut public : la proposition bicéphale de Serge Pierre-Louis
Face à ce qu’il qualifie d’impasse politique, Serge Pierre-Louis propose une reconfiguration complète du dispositif transitoire, articulée autour d’un modèle bicéphale.
Ce schéma reposerait sur deux figures complémentaires :
– un président de transition issu de la Cour de cassation, choisi pour son indépendance, sa compétence juridique et son intégrité morale ;
– un Premier ministre technocrate, sélectionné sur la base d’un consensus national et d’un processus inclusif, à l’écart des logiques partisanes traditionnelles.
L’objectif affiché est de restaurer la confiance, de professionnaliser la gestion de l’État et de conduire le pays vers des élections libres, crédibles et transparentes, dans des délais clairs.
Gouvernance de transition : un organe indépendant pour contrôler l’action de l’État
Autre proposition majeure avancée par Serge Pierre-Louis : la création d’un organe technique et indépendant de contrôle de la transition, distinct à la fois du président de transition et du Premier ministre.
Cette structure aurait pour mission de surveiller l’action gouvernementale, de garantir la transparence dans la gestion des affaires publiques et de veiller au strict respect du mandat transitoire, afin d’éviter toute dérive ou prolongation injustifiée de la période de transition.
Crise institutionnelle en Haïti : un malaise politique profond et une perte de confiance
L’intervention de Serge Pierre-Louis met en lumière un malaise institutionnel profond et une perte de confiance généralisée envers les mécanismes actuels de gouvernance. Elle illustre également l’émergence de discours alternatifs cherchant à redéfinir les contours d’une transition perçue par une large partie de la population comme inefficace, voire contre-productive.
Reste désormais à savoir si ces propositions trouveront un écho réel dans un paysage politique fragmenté, marqué par l’urgence sécuritaire, la défiance citoyenne et la pression d’un retour rapide à l’ordre démocratique et institutionnel.
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