Le gouvernement haïtien a engagé Roger Stone, l’un des plus anciens conseillers et proches politiques de Donald Trump, pour défendre ses intérêts auprès de l’administration américaine. Le contrat approche les 800 000 dollars. À 74 ans, ce vétéran de la politique républicaine, qui avait encouragé Trump dès les années 1980 à envisager une candidature à la Maison-Blanche, dispose d’un accès privilégié au président américain. En Haïti, Me André Michel, dirigeant de la Coalition des Forces Républicaines (CFR) et opposant au gouvernement Fils-Aimé, dénonce un « gaspillage de fonds publics ».
Le gouvernement haïtien joue la carte des réseaux de Donald Trump à Washington. Le ministère des Affaires étrangères a recruté Roger J. Stone Jr., consultant et lobbyiste américain, pour mener des activités de plaidoyer auprès de l’administration américaine sur des dossiers concernant Haïti.

Le choix n’est pas anodin. Âgé de 74 ans, Roger Stone appartient au premier cercle historique de Donald Trump. Les deux hommes se connaissent depuis 1979. Stone avait encouragé le magnat de l’immobilier, dès la fin des années 1980, à envisager sérieusement une candidature à la présidence. Il fut ensuite son principal conseiller lorsque Trump envisagea une première aventure présidentielle en 2000, avant de participer au lancement de sa campagne de 2015. (Axios)
Autrement dit, Port-au-Prince ne recrute pas simplement un lobbyiste : il s’offre les services d’un homme qui entretient avec Donald Trump une relation politique et personnelle vieille de près d’un demi-siècle.
Près de 800 000 dollars pour ouvrir des portes à Washington
Selon le document déposé auprès du département américain de la Justice cité dans les informations publiées sur le contrat, la rémunération de Roger Stone approche les 800 000 dollars.
La nature exacte de sa mission demeure cependant peu détaillée. Stone doit mener des activités de plaidoyer concernant la politique américaine à l’égard d’Haïti.
Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a pas souhaité entrer dans les détails du contrat. Il a toutefois indiqué que plusieurs questions importantes pour Haïti étaient actuellement traitées « aux plus hauts niveaux » de l’administration américaine, notamment à la Maison-Blanche.
Parmi elles figure en première ligne le dossier migratoire, au moment où des centaines de milliers d’Haïtiens aux États-Unis sont confrontés à la fin de leur protection contre l’expulsion.
Haïti dispose déjà d’un autre lobby à Washington
Ce contrat vient s’ajouter à un autre dispositif d’influence déjà financé par l’État haïtien. Haïti verse 35 000 dollars par mois à Continental Strategy, firme dirigée par Carlos Trujillo, ancien ambassadeur de Donald Trump auprès de l’Organisation des États américains et personnalité proche du secrétaire d’État Marco Rubio.
Avec Roger Stone, le gouvernement Fils-Aimé cherche donc un accès encore plus direct au cœur du pouvoir américain.
Stone conserve en effet une relation particulière avec Donald Trump. Encore en 2026, Axios le décrivait comme « l’un de ses plus anciens amis et conseillers », rapportant son intervention personnelle auprès du président dans une affaire concernant son administration. (Axios)
André Michel dénonce un « gaspillage de fonds publics »
En Haïti, le montant du contrat fait déjà polémique.
Me André Michel, dirigeant de la Coalition des Forces Républicaines (CFR), qui se situe dans l’opposition au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, critique ouvertement le recours à Roger Stone.
L’avocat estime que près de 800 000 dollars constituent une somme « scandaleuse pour un pays comme Haïti » et dénonce un « gaspillage de fonds publics ».
La controverse dépasse ainsi la seule personnalité de Roger Stone. Elle pose la question du prix que le gouvernement haïtien est prêt à payer pour disposer de relais au sommet de l’administration Trump.
Dans un contexte marqué par la crise sécuritaire, les incertitudes électorales et la situation des migrants haïtiens aux États-Unis, Port-au-Prince a manifestement choisi de miser sur l’un des hommes qui connaît Donald Trump depuis le plus longtemps.