D’une ampleur inédite, le déploiement de soldats salvadoriens, censés retrouver quatre techniciens portés disparus près de Port-au-Prince, met à mal la cohérence du dispositif de lutte contre les groupes armés mis en place par l’ONU, mais suscite l’espoir de nombreux Haïtiens.
Une opération de recherche dont l’ampleur dépasse désormais le seul sort des disparus. Selon les informations de notre service international , vendredi 30 octobre, le Salvador a déployé plus de 2 000 soldats en une semaine en Haïti pour retrouver quatre de ses ressortissants, présentés comme des techniciens, portés disparus depuis le 18 octobre près de la capitale.
Par sa rapidité et les moyens engagés, cette intervention place le président salvadorien, Nayib Bukele, au premier plan du dossier sécuritaire haïtien. Elle ouvre aussi une série de questions : quelle autonomie pour ces militaires ? Quelle chaîne de commandement ? Et jusqu’où leur mission pourrait-elle s’étendre au-delà de la recherche de leurs compatriotes ?
Le gouvernement haïtien a apporté une première réponse le 28 octobre, après un entretien téléphonique entre le premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, et le président salvadorien. Selon le communiqué rapporté dans les éléments disponibles, les deux dirigeants ont convenu de renforcer leur coopération opérationnelle, en inscrivant les recherches dans le cadre de la Force de répression des gangs (FRG).
Ce rattachement affiché ne précise toutefois pas les modalités concrètes de l’intervention. Les informations transmises ne permettent d’établir ni la répartition des responsabilités sur le terrain, ni la durée envisagée du déploiement, ni les conditions d’une éventuelle extension des opérations.
La communication de Nayib Bukele entretient, elle aussi, l’incertitude sur la portée de son engagement. Dans un message publié sur X en créole haïtien, le chef de l’État salvadorien avait menacé les gangs d’une offensive s’ils ne libéraient pas ses compatriotes. En invoquant sa politique de lutte contre les bandes criminelles au Salvador, il donne à cette opération une dimension politique qui dépasse la seule assistance consulaire.
Cette démonstration de force suscite l’espoir de nombreux Haïtiens. Elle intervient dans un pays où la persistance des violences nourrit une attente pressante de résultats. Mais l’efficacité d’un renfort militaire dépendra aussi de sa coordination avec les forces déjà présentes et de la définition d’objectifs communs.
L’enjeu est donc double : retrouver les quatre disparus et déterminer la place de cet engagement salvadorien dans la réponse internationale aux gangs. Sans clarification du commandement et du périmètre de la mission, l’arrivée de nouveaux soldats pourrait accroître les moyens disponibles tout en compliquant la conduite des opérations.
Service international — Alternance Média