En sept mois, le ministre de l’Éducation nationale est devenu l’une des figures les plus visibles de l’exécutif et un ministre apprécié d’Alix Didier Fils-Aimé. Réalisations, sens politique et aisance internationale ont nourri son ascension. Une dynamique qu’il entend prolonger en consolidant les réformes engagées et en répondant aux attentes du monde éducatif.

Il était peu connu du grand public. Sept mois plus tard, Vijonet DÉMÉRO s’est installé au premier plan. Présent aux côtés du Premier ministre lors de déplacements à l’étranger, multipliant les initiatives et les interventions publiques, le titulaire de l’Éducation nationale a acquis une visibilité que peu de ses collègues peuvent revendiquer.

Dans l’entourage d’Alix Didier Fils-Aimé, les éloges abondent. « Il dirige son ministère avec intelligence. Il a à la fois un haut degré d’expertise et un très grand sens politique, ce n’est pas un technocrate », confie une source à ALTERNANCE MÉDIA. On lui reconnaît une maîtrise des dossiers, du leadership et un sens de la formule qui rendent son discours accessible.

L’art de dépasser les clivages

Issu de la société civile, cet ancien enseignant du secondaire et de l’université a rapidement adopté les codes de la politique. Il défend l’autorité du maître et l’exigence scolaire, tout en portant une modernisation des pratiques pédagogiques et de l’enseignement supérieur.

« Il pose un pied à gauche, un pied à droite, ce qui lui permet d’être soutenu par beaucoup de monde », observe un connaisseur du ministère. Son intervention sur les dispositions relatives aux stages et à la nomination des étudiants de l’École normale supérieure a notamment été accueillie comme un signal favorable dans ce milieu.

Cette capacité à élargir ses appuis constitue une force, mais suscite aussi des réserves. Un haut fonctionnaire de l’éducation, s’exprimant sous couvert d’anonymat, décrit « une sorte de caméléon » sachant répondre aux attentes successives des enseignants et des parents. Un directeur de lycée de la capitale y voit surtout un discours « en résonance avec les préoccupations de la société ».

Des réalisations qui donnent du poids au discours

Vijonet DÉMÉRO dispose désormais de réalisations à mettre en avant. Les neuf Centres d’enseignement supérieur technique (CEST) ont tous été inaugurés. Parallèlement, la transformation de 101 établissements publics en Écoles fondamentales d’application–Centres d’appui pédagogique (EFACAP) est en cours, avec l’ambition de renforcer les apprentissages et l’accompagnement des enseignants.

Dans l’enseignement supérieur, le ministre a engagé la réforme des universités publiques départementales et porté l’exigence du doctorat pour les recteurs et vice-recteurs. D’autres dispositions concernent l’encadrement des mémoires et des thèses ainsi que les incitations à la publication scientifique.

La stratégie nationale de santé mentale en milieu scolaire, lancée le 28 juillet 2026, répond quant à elle aux besoins d’élèves confrontés notamment aux traumatismes de la violence armée. L’accès continu à Internet et à l’électricité, grâce en particulier à l’énergie solaire, demeure un autre objectif affiché.

Ces chantiers expliquent une partie de sa visibilité. Leur effet durable sur la qualité de l’enseignement dépendra toutefois de leur suivi, des ressources disponibles et de leur appropriation par les établissements.

Une aisance internationale appréciée

Docteur en leadership éducationnel, Vijonet DÉMÉRO fait également de la diplomatie éducative un levier de son action. Sa connaissance des systèmes scolaires étrangers et sa pratique du créole, du français, de l’anglais, de l’espagnol et du portugais facilitent ses échanges.

Ses interventions à l’ONU et à Quito, lors de la réunion des ministres de l’Éducation des pays membres de l’OEA, ont contribué à renforcer son exposition. Pour le gouvernement, ce profil offre un relais valorisant à l’étranger, dans un contexte où Haïti cherche à mobiliser ses partenaires.

Les enseignants attendent davantage

Reste le terrain social. Sa connaissance du métier et ses relations avec les cadres du ministère lui ont jusqu’ici permis de préserver des appuis. Mais cette relative accalmie ne signifie pas que toutes les attentes sont satisfaites.

Cedoine FELIXMA, président de CO-CFEF, juge la négociation insuffisamment approfondie. Il affirme attendre une réponse à une correspondance concernant l’intégration du CFEF à l’Université publique de l’Ouest. « Il sait jusqu’où aller avec les enseignants pour éviter de mettre le feu aux poudres », reconnaît-il néanmoins.

Dominique Wilnor, coordinateur de REDRESSEH, souligne pour sa part le décalage persistant entre les initiatives ministérielles et le quotidien des enseignants. Selon lui, plus de 2 000 lettres de nomination resteraient en attente de signature du Premier ministre.

C’est là que pourrait se jouer la suite de son ascension. Vijonet DÉMÉRO a su gagner en visibilité et engager des transformations. Pour conserver sa popularité, il devra aussi obtenir les arbitrages qui permettent aux enseignants d’en ressentir concrètement les effets.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *