La transition sous pression, le consensus en question
Les réactions continuent de se multiplier après la décision controversée du Conseil présidentiel de transition (CPT) de remplacer le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé. Parmi les voix les plus critiques, celle de l’avocat et acteur politique André Michel s’est fait entendre avec force, mettant en cause à la fois la légitimité de la démarche et le fonctionnement même de l’organe de transition.
Dans ses prises de position publiques, André Michel estime que le processus ayant conduit à l’éviction du chef du gouvernement ne répond ni aux exigences de concertation politique ni à l’esprit de consensus censé encadrer la transition. Selon lui, une instance transitoire ne saurait engager des décisions aussi structurantes sans un minimum d’adhésion des forces politiques, sociales et citoyennes appelées à accompagner la sortie de crise.
L’avocat pointe notamment les limites du dernier cadre de discussions initié par le CPT, qu’il juge insuffisamment représentatif. À ses yeux, l’exclusion de larges secteurs organisés de la société haïtienne fragilise la portée des décisions prises et accentue le déficit de crédibilité déjà reproché aux autorités de transition.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, la paralysie institutionnelle et la détérioration continue des conditions de vie, André Michel plaide pour une reprise du dialogue politique sur des bases plus inclusives. Il considère qu’un accord minimal entre les principaux acteurs demeure indispensable pour créer un climat propice à l’organisation d’élections crédibles et au rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Sur le plan sécuritaire, l’ancien porte-parole du secteur dit démocratique adopte toutefois une position sans ambiguïté : toute tentative de dialogue politique doit exclure les groupes armés responsables de la violence et du chaos qui affectent le pays. Une ligne de démarcation qu’il a publiquement rappelée, estimant qu’aucune légitimité politique ne saurait être accordée aux gangs.
Ces déclarations interviennent alors que le CPT fait face à une contestation croissante, tant sur la scène politique que dans l’opinion publique. La décision de remplacer le Premier ministre ravive le débat sur la représentativité du Conseil, la cohérence de ses choix et sa capacité réelle à conduire une transition apaisée.
Figure controversée du paysage politique, André Michel demeure néanmoins un acteur attentif aux recompositions en cours. Ses prises de position illustrent les fractures profondes qui traversent la classe politique haïtienne et confirment que la transition, loin de faire consensus, reste un champ de tensions, de calculs et de luttes d’influence, à un moment critique pour l’avenir du pays.