Port-au-Prince, 25 mars 2026 — Dans une lettre publique adressée à la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, Marjory Michel interpelle Pédrica Saint-Jean sur l’inaction de son ministère face à des actes répétés de cyber-violence sexiste et politique. Une prise de position qui relance le débat sur la protection des femmes engagées dans la vie publique en Haïti.

Une interpellation directe restée sans réponse

Dans ce document au ton ferme mais institutionnel, la cheffe de file de l’organisation «  FANM ANGAGE » affirme avoir saisi à plusieurs reprises le ministère afin de dénoncer des attaques misogynes proférées à son encontre par le commentateur Rudy Thomas Sanon, notamment à travers son émission en ligne Se Sa Nouvle.

Selon l’ancienne ministre, ces démarches officielles, incluant une plainte formelle, sont demeurées sans suite. Elle indique également avoir sollicité un accompagnement institutionnel et juridique du ministère lors d’une invitation à l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), sans obtenir de réponse.

Cette absence de réaction constitue, selon elle, un signal préoccupant quant à la capacité de l’institution à remplir sa mission de protection des droits des femmes.

Des violences sexistes qui dépassent le cadre individuel

Au-delà de son cas personnel, Marjory Michel inscrit ces attaques dans un phénomène plus large touchant plusieurs femmes engagées dans la vie publique haïtienne.

Elle évoque des propos qui, selon elle, relèvent moins de la critique politique que d’invectives misogynes visant à discréditer et intimider. « Ces invectives contribuent à alimenter un climat d’hostilité », écrit-elle, pointant un environnement numérique particulièrement agressif à l’égard des femmes.

Les violences sexistes en ligne, de plus en plus fréquentes, sont aujourd’hui reconnues comme un facteur majeur de dissuasion pour la participation des femmes à la vie politique, notamment dans les contextes de forte polarisation.

Un décalage entre discours et action

L’ancienne ministre soulève une question de fond : celle de la cohérence entre les initiatives publiques du ministère et son action concrète face aux violences.

Alors que la ministre Pédrica Saint-Jean multiplie les forums et les appels à une plus grande participation des femmes aux prochaines échéances électorales, la responsable politique estime que l’absence de réaction face aux attaques sexistes crée une contradiction majeure.

« Comment encourager les femmes à briguer des fonctions électives si les institutions censées les protéger demeurent silencieuses ? », interroge-t-elle.

Pour elle, cette situation envoie un message paradoxal : les femmes sont invitées à s’engager dans la vie publique, mais sans garanties face aux violences qui les ciblent.

Un enjeu démocratique majeur

La question de la violence politique basée sur le genre dépasse largement le cadre individuel. Elle constitue un enjeu structurel pour la démocratie, en ce qu’elle affecte directement l’égalité d’accès aux fonctions publiques.

Dans de nombreux pays, ces violences prennent la forme d’attaques personnelles, de campagnes de diffamation ou de harcèlement numérique, visant à exclure les femmes de l’espace politique.

En Haïti, où le climat politique reste marqué par l’instabilité et la défiance institutionnelle, ces pratiques peuvent renforcer les obstacles déjà existants à la participation des femmes.

Une crédibilité institutionnelle en question

En sa qualité d’ancienne ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, l’ ingénieure Marjory Michel insiste sur la responsabilité particulière de cette institution.

Elle rappelle que sa crédibilité repose sur sa capacité à agir « avec constance et cohérence » dans la défense des droits des femmes.

« Encourager la participation politique ne peut se limiter à des tribunes ou à des déclarations d’intention », écrit-elle, appelant à des prises de position « claires et courageuses » face aux dérives sexistes.

Un silence qui alimente le débat

À ce stade, aucune réaction officielle du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes n’a été rendue publique en réponse à cette interpellation.

Ce silence contribue à alimenter les interrogations sur l’efficacité des mécanismes institutionnels face aux nouvelles formes de violence politique, en particulier celles qui se déploient sur les plateformes numériques.

À l’approche d’échéances électorales, la question de la protection des femmes en politique pourrait s’imposer comme un test de crédibilité pour les autorités haïtiennes.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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