49086cbd 2192 47a6 b6b7 f0de571791cc

Port-au-Prince, 5 février 2026 — La déclaration conjointe publiée par l’Organisation des États Américains (OEA), le Groupe des personnalités éminentes (GPE) et la CARICOM sur la situation en Haïti marque une nouvelle étape dans le processus de transition politique. Derrière un discours diplomatique appelant à une « solution dirigée et assumée par les Haïtiens », les partenaires internationaux semblent désormais attendre des acteurs haïtiens qu’ils entérinent, dès cet après-midi, la nouvelle architecture de la transition.

Une réunion est en effet prévue à 16 heures, réunissant les acteurs politiques haïtiens, l’OEA, la CARICOM et le GPE, avec pour objectif affiché de dégager un consensus sur la configuration institutionnelle appelée à succéder au Conseil présidentiel de transition (CPT), dont le mandat arrive à expiration le 7 février 2026.

Une déclaration multilatérale sans calendrier contraignant

La note conjointe dresse un constat largement partagé :

l’expiration imminente du mandat du CPT, l’aggravation de l’insécurité et l’emprise persistante des gangs armés, l’absence de services publics essentiels sur une grande partie du territoire, l’impossibilité, depuis des années, pour les Haïtiens d’exercer leur droit fondamental à des élections libres et crédibles, et la nécessité d’un déploiement effectif de la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies pour rétablir un minimum de sécurité.

Le texte insiste également sur un principe désormais central dans la rhétorique internationale : la sortie de crise doit être portée par les Haïtiens eux-mêmes.

Mais au-delà de cette affirmation de principe, aucun mécanisme clair n’est proposé, aucun calendrier électoral précis n’est annoncé, et aucune responsabilité politique directe n’est attribuée à l’exécutif actuel dans l’impasse sécuritaire.

Une réunion à 4 cet après -midi pour « trouver un consensus »

C’est dans ce vide politique que s’inscrit la réunion annoncée pour cet après-midi à 04 heures . Selon les informations disponibles, cette rencontre vise à trouver un consensus sur la nouvelle architecture de la transition, en associant les principaux acteurs haïtiens aux représentants de l’OEA, de la CARICOM et du GPE.

Officiellement, il s’agit de permettre aux Haïtiens de définir eux-mêmes les termes de l’accord politique à venir. Officieusement, cette réunion apparaît surtout comme un moment de validation interne d’un schéma déjà largement accepté par les partenaires internationaux.

Le soutien américain au Premier ministre, un signal sans ambiguïté

Le contexte de cette réunion est d’autant plus révélateur que, le même jour, l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince a réaffirmé publiquement son soutien explicite au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Or, les États-Unis figurent parmi les signataires de la déclaration multilatérale appelant à une solution haïtienne.

Cette double posture met en lumière une stratégie désormais assumée :

ne pas imposer officiellement un schéma politique, tout en sécurisant les équilibres essentiels du pouvoir exécutif, notamment autour du chef du gouvernement.

En clair, Washington ne désigne pas ouvertement le futur président de la Transition, mais souhaite que les acteurs haïtiens eux-mêmes consacrent, par un accord politique, la continuité du Premier ministre, aux côtés d’un président de transition issu d’un compromis encadré.

Une souveraineté politique sous supervision

Dans cette configuration, l’appel à une « solution haïtienne » prend une dimension particulière.

Les acteurs haïtiens sont invités à décider, mais dans un cadre diplomatique déjà balisé :

maintien de la stabilité gouvernementale autour du Premier ministre, désignation consensuelle d’un président de la Transition, poursuite du processus sécuritaire et électoral sous supervision internationale.

La réunion de cet après-midi apparaît ainsi moins comme un espace de refondation institutionnelle que comme une étape d’entérinement politique, destinée à donner une légitimité locale à une transition jugée acceptable par les partenaires étrangers.

Le risque d’un accord de façade

Le principal risque, pour Haïti, est celui d’un accord politique plus formel que substantiel.

Sans débat national inclusif, sans critères transparents de légitimité et sans échéancier électoral clair, la nouvelle transition pourrait reproduire les faiblesses des précédentes : manque de confiance populaire, dépendance internationale et fragilité institutionnelle.

Une décision lourde de conséquences

À quelques jours du 7 février 2026, la réunion de 04 cet après-midi constitue un moment charnière.

Elle dira si les acteurs haïtiens entendent négocier un véritable compromis souverain, ou s’ils se contenteront d’endosser la responsabilité historique d’un accord déjà dessiné ailleurs.

C’est de cette décision que dépendra, une fois encore, la crédibilité de la transition et la possibilité d’un retour durable à l’ordre constitutionnel en Haïti.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *