L’homme fort des opérations fédérales controversées contre les migrants.
Il est devenu en quelques jours l’homme le plus détesté du Minnesota. Gregory “Greg” Bovino, haut responsable de la police américaine de l’immigration (ICE), incarne aujourd’hui aux yeux d’une partie de l’opinion publique américaine la brutalité décomplexée de la politique migratoire de Donald Trump.
Propulsé à Minneapolis comme « commandant itinérant » pour superviser une vaste opération de répression contre les migrants, Bovino se retrouve au cœur d’une tempête politique, judiciaire et morale après deux morts causées par des agents fédéraux, dont celle d’Alex Pretti, un homme abattu de dix balles alors qu’il filmait une interpellation.
Un homme, un symbole
Ancien cadre de la Border Patrol à El Centro (Californie), Bovino s’est bâti une réputation d’officier dur, intransigeant, obsédé par les chiffres d’expulsions. Dans l’administration Trump, il est présenté comme un “soldat loyal”, appliquant sans états d’âme la ligne dure dictée par la Maison-Blanche et par l’idéologue anti-immigration Stephen Miller.
Pour ses partisans dans la galaxie MAGA, Bovino est un « patriote ».
Pour ses détracteurs, il est devenu le visage humain d’un appareil sécuritaire hors de contrôle.
« Gregory Bovino, c’est le colonel Hans Landa dans Inglorious Basterds », lâche le gérant d’un hôtel Hilton de Minneapolis hébergeant des agents fédéraux, en référence au personnage nazi froid et cynique incarné par Christoph Waltz.
Minneapolis sous tension

Depuis trois jours, Minneapolis vit sous occupation fédérale de fait.
Près de 3 000 agents fédéraux sillonnent l’État du Minnesota. Des descentes musclées, des interpellations violentes et l’usage de gaz lacrymogènes contre des manifestants pacifiques ont profondément choqué l’opinion.
Lundi soir, malgré un froid glacial et des bourrasques de neige, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant l’hôtel Marriott de Maple Grove où Bovino était soupçonné d’être hébergé.
Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent des arrestations brutales, dont celle de Reina Alston, le visage ensanglanté, menottée, hurlant le numéro de téléphone de son père.
« Ils manifestaient pacifiquement. Ils ont commencé à gazer et à frapper comme des gangs cagoulés », témoigne une employée de restaurant ayant filmé la scène.
Deux morts, une version officielle contestée
Le point de rupture survient avec la mort d’Alex Pretti.
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) parle d’un « terroriste » qui voulait « massacrer » des agents fédéraux.
Mais les vidéos du drame racontent une autre histoire :
Pretti filmait une interpellation. Il portait une arme de poing légalement déclarée. Rien n’indique qu’il ait tenté de la dégainer. Il a été criblé de balles.
Une autre femme, Renee Good, est également morte lors d’une opération distincte impliquant l’ICE.

Pour de nombreux habitants, ces morts sont le résultat direct d’un climat de violence institutionnalisée instauré par l’administration Trump.
Un premier recul politique… très relatif
Sous la pression populaire, médiatique et politique, l’administration Trump a amorcé un léger recul.
Le magazine The Atlantic affirme que Bovino serait relevé de ses fonctions de « commandant itinérant » et renvoyé à son ancien poste en Californie.
Le gouvernement a immédiatement démenti.
« Greg Bovino n’a PAS été relevé de ses fonctions. Il est un membre clé de l’équipe du président et un grand Américain », a écrit sur X Tricia McLaughlin, porte-parole du DHS.
Donald Trump a toutefois adopté un ton inhabituellement conciliant, évoquant des discussions « constructives » avec le maire démocrate de Minneapolis Jacob Frey et le gouverneur Tim Walz.
La Maison-Blanche reconnaît désormais que la mort d’Alex Pretti est une « tragédie ».
Un malaise jusque chez les républicains
Fait rare : même certains républicains commencent à se désolidariser.
Chris Madel, candidat républicain au poste de gouverneur du Minnesota, a annoncé son retrait de la course, refusant de « cautionner » les méthodes de l’ICE.
Cet avocat était pourtant connu pour défendre systématiquement les forces de l’ordre.
Les principaux dirigeants républicains, eux, restent prudemment silencieux.
Bovino part, la machine reste
Greg Bovino devrait quitter Minneapolis dans les prochains jours.
Il doit être remplacé par Tom Homan, ancien patron de l’ICE et surnommé le « Tsar des frontières », figure encore plus radicale de la politique anti-immigration.
Autrement dit : les hommes changent, la logique reste.
« Tant que Trump et ses conseillers comme Stephen Miller seront là, rien ne changera », résume Maggie, venue se recueillir devant le mémorial improvisé d’Alex Pretti.
Un avertissement pour l’Amérique
Au-delà de Minneapolis, l’affaire Bovino pose une question fondamentale :
Jusqu’où un État peut-il aller au nom de la “sécurité” sans basculer dans la terreur administrative ?
Greg Bovino restera comme un symbole :
celui d’une Amérique où la frontière entre maintien de l’ordre et répression politique devient dangereusement floue.