ebb1c0d6 f69d 4365 8e70 d87c87cc9881

Port-au-Prince, 8 février 2026

Une grave affaire de corruption présumée secoue le ministère de la Défense. Dans une note conjointe rendue publique ce jeudi 6 février 2026, treize organisations haïtiennes de défense des droits humains exigent l’écartement immédiat du ministre de la Défense, Jean-Michel Moïse, qu’elles accusent d’être au centre d’un système organisé de détournement de fonds publics et de pratiques administratives frauduleuses.

Neuf mois d’alertes ignorées

Les organisations signataires rappellent avoir tiré la sonnette d’alarme depuis près de neuf mois sur de graves dérives au sein du ministère. Elles dénoncent notamment une gestion opaque des fonds de renseignement ainsi que l’allocation de ressources publiques à des projets d’infrastructures sans existence physique avérée.

Elles précisent avoir transmis, dès le 2 juin 2025, des éléments documentés aux autorités compétentes, alertant sur l’existence d’un mécanisme qualifié de « chèques zombies » et sur une spoliation présumée du Trésor public. Toutefois, pendant de longs mois, ces dénonciations sont restées sans réponse institutionnelle visible, alimentant un climat de suspicion et de méfiance.

Des cartes de débit institutionnelles au cœur du scandale

L’un des aspects les plus accablants du dossier concerne l’utilisation détournée des cartes de débit institutionnelles. Selon l’analyse technique réalisée par les organisations de droits humains, de graves anomalies financières ont été constatées.

Des agents occupant de simples fonctions techniques ou administratives auraient disposé de soldes atteignant 528 250 à 530 000 gourdes, tandis que des cadres de direction bénéficiaient de montants oscillant entre 300 000 et 600 000 gourdes. Pour les organisations signataires, ces chiffres, manifestement incompatibles avec les grilles salariales officielles, révèlent l’existence d’un réseau structuré de rétro-commissions, opérant au profit de la hiérarchie ministérielle.

c8b44abd 0059 48a0 9082 e27b2733d0e9 53263 00001fc3abbb1d09 file

L’ULCC s’auto-saisit après de graves révélations publiques

Contrairement à toute procédure classique déclenchée à la suite d’une plainte formelle, l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) s’est auto-saisie du dossier après la conférence de presse tenue le lundi 2 février 2026 par le Directeur général dudit ministère, Me Jean Ronel Sistanis.

Lors de cette sortie publique particulièrement remarquée, l’avocat Jean Ronel Sistanis a mis directement en cause le ministre de tutelle, évoquant plusieurs cas précis de corruption, de mauvaise gouvernance et de pratiques financières irrégulières au sein du ministère de la Défense. Ces déclarations, venant d’un haut responsable administratif, ont provoqué une onde de choc dans l’opinion publique et contraint l’ULCC à réagir.

Toutefois, pour les organisations de droits humains, cette auto-saisine tardive ne saurait suffire à dissiper les doutes. Elles estiment que l’intervention de l’ULCC, intervenue uniquement après une dénonciation publique interne, pose un sérieux problème de réactivité, d’indépendance et de crédibilité institutionnelle.

Un ministre jugé incompatible avec la manifestation de la vérité

Pour les signataires, le maintien en fonction du ministre de la Défense constitue désormais une entrave majeure à la manifestation de la vérité. Sa présence à la tête du ministère est jugée incompatible avec le bon déroulement d’une enquête indépendante, en raison des risques de manipulation de preuves, de pressions administratives et d’intimidation potentielle de témoins.

Ils exigent donc l’écartement immédiat du ministre Jean-Michel Moïse, ainsi que la mise à disponibilité de tous les collaborateurs nommément cités, afin de garantir un cadre propice à une enquête impartiale.

Le gouvernement mis face à ses responsabilités

Dans un ton particulièrement ferme, les organisations de droits humains estiment que le gouvernement portera l’entière responsabilité de toute obstruction à la justice tant que le ministre restera en poste. Elles qualifient cette situation d’outrage à la morale publique et d’une violation flagrante des principes de transparence et de reddition de comptes.

« La reddition de comptes n’est pas une option, mais un devoir sacré envers le peuple haïtien », rappellent-elles, tout en annonçant leur détermination à user de toutes les voies de droit nécessaires pour que les fonds détournés soient restitués au Trésor public et que les responsables répondent de leurs actes devant la justice.

Un test décisif pour l’État de droit

Cette affaire intervient dans un contexte de crise profonde de confiance envers les institutions publiques. Pour de nombreux observateurs, la gestion de ce dossier constituera un test déterminant de la volonté politique réelle des autorités à lutter contre la corruption et à rompre avec l’impunité.

Dans un pays confronté à l’insécurité, à la crise économique et à l’effondrement des services publics, ce scandale rappelle, une fois de plus, que la bonne gouvernance et la transparence restent des enjeux centraux pour la stabilité nationale.

Alternance Média continuera de suivre ce dossier et d’informer l’opinion publique de toute évolution majeure.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *