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Au sein de l’armée russe, un mot circule dans les tranchées avec une froideur clinique : « annulation ». Derrière ce terme bureaucratique se cache une réalité brutale : l’exécution sommaire de soldats russes par leurs propres commandants.

Selon une enquête du média indépendant russe Viorstka, ces pratiques ne relèveraient pas de cas isolés, mais d’un système de terreur interne visant à maintenir la discipline sur le front ukrainien.

Un mot pour masquer l’exécution

« Annulation ». Ce mot est utilisé par des militaires russes pour désigner le meurtre de leurs propres camarades. Les officiers responsables de ces actes sont appelés « annulateurs ».

Ces exécutions prennent plusieurs formes :

fusillades immédiates pour refus d’obéir, passages à tabac jusqu’à la mort, humiliations extrêmes suivies d’exécutions, ou envoi délibéré dans des missions suicidaires sans aucune chance de survie.

Dans ce dernier cas, la condamnation à mort est déguisée en ordre militaire.

Un soldat interrogé par Viorstka témoigne anonymement :

« Ils ne vous tirent pas toujours dessus. Ils vous envoient simplement là où ils savent que vous allez mourir. »

La peur comme instrument de commandement

Selon les témoignages recueillis, ces pratiques servent à instaurer une discipline par la terreur.

Les soldats qui refusent d’attaquer, qui contestent un ordre ou qui expriment leur peur peuvent être immédiatement désignés comme des exemples à éliminer.

Un ancien combattant explique :

« Le commandant a dit : si quelqu’un recule, je l’abattrai moi-même. Et il l’a fait. »

Ces exécutions sont parfois publiques, afin de dissuader toute forme de désobéissance.

D’autres militaires décrivent des commandants utilisant la violence physique systématique :

coups, tortures, privations, enfermement dans des caves ou des fosses.

Des missions suicidaires comme forme d’exécution

Dans de nombreux cas, les « annulations » prennent la forme d’ordres suicidaires.

Des soldats sont envoyés :

sans soutien, sans couverture, sans munitions suffisantes, ou vers des positions ukrainiennes fortement défendues.

Ces missions ne visent pas un objectif stratégique, mais servent à éliminer des soldats considérés comme indisciplinés ou inutiles.

Un témoin affirme :

« Ils ont envoyé cinq hommes sans radio, sans protection. Ils n’étaient pas censés revenir. »

Des centaines de commandants impliqués

L’enquête de Viorstka évoque des centaines de commandants impliqués dans ces pratiques.

La peur des représailles empêche de nombreux soldats encore en service de parler.

Le système repose sur :

la loyauté absolue, la peur, et l’impunité.

Dans un contexte de guerre prolongée, les commandants disposent d’un pouvoir quasi total sur leurs hommes.

Une armée minée de l’intérieur

Ces révélations mettent en lumière les fractures internes de l’armée russe.

Plusieurs facteurs expliquent cette brutalisation :

manque de formation, mobilisation forcée, moral affaibli, pertes massives, et absence de mécanismes de protection pour les soldats.

La guerre ne détruit pas seulement l’ennemi. Elle détruit aussi ceux qui la mènent.

Le silence imposé

Les soldats survivants vivent avec la peur permanente d’être les prochains « annulés ».

Parler peut signifier mourir.

Se taire devient une stratégie de survie.

Dans cette guerre, l’ennemi n’est pas toujours en face.

Il peut aussi se trouver derrière.

Analyse – La logique des armées autoritaires

Historiquement, les exécutions sommaires ont souvent été utilisées dans les armées confrontées à :

des défaites, des désertions, ou une perte de contrôle.

La terreur devient alors un outil de commandement.

Mais cette stratégie affaiblit, à long terme, la cohésion et l’efficacité militaire.

Une armée fondée sur la peur combat moins efficacement qu’une armée fondée sur la confiance.

Les révélations sur les « annulations » montrent une réalité rarement visible : une guerre où certains soldats doivent craindre autant leurs propres commandants que l’ennemi.

Derrière les discours officiels, une vérité brutale émerge : la discipline peut, dans certains cas, se transformer en condamnation à mort.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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