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Le Venezuela engage un tournant historique dans la gestion de sa principale richesse nationale. L’Assemblée nationale a adopté une réforme majeure de la loi sur les hydrocarbures qui ouvre largement le secteur pétrolier aux entreprises privées, nationales et étrangères. Ce changement structurel intervient dans un contexte politique exceptionnel et sous forte pression américaine, redessinant en profondeur l’architecture énergétique du pays.

Le texte, voté à l’unanimité par les députés, met fin à près de deux décennies de contrôle public dominant sur l’exploitation pétrolière. Les autorités de transition présentent la réforme comme un levier indispensable pour relancer la production, attirer les capitaux et moderniser les infrastructures.

Fin d’un verrou étatique hérité de l’ère chaviste

Le modèle pétrolier en place reposait largement sur l’héritage de Hugo Chávez, qui avait profondément renforcé le rôle de l’État dans l’industrie des hydrocarbures. Depuis la réforme de 2006, toute exploitation devait passer par des entreprises mixtes avec majorité publique, une fiscalité élevée et un contrôle étatique sur la distribution.

La nouvelle loi inverse cette logique. Elle autorise désormais :

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des contrats d’exploitation 100 % privés la distribution et la commercialisation directe par les entreprises l’ouverture concurrentielle de l’exploration une négociation contractuelle projet par projet une forte flexibilité fiscale

Le système de taxation est simplifié : les anciens impôts multiples sont remplacés par une contribution unique plafonnée à 15 % et des royalties pouvant atteindre 30 % des revenus bruts, modulables selon la rentabilité réelle des projets.

Réforme dans un contexte politique bouleversé

Cette transformation intervient quelques semaines après la capture de l’ancien président Nicolás Maduro à la suite d’une intervention militaire américaine. Le pouvoir exécutif est désormais exercé par une autorité de transition, soutenue par une nouvelle majorité parlementaire favorable à l’ouverture économique.

Le président de l’Assemblée a présenté la réforme comme une « loi pour l’avenir », destinée à restaurer la capacité productive du pays et à replacer le Venezuela parmi les grands producteurs mondiaux effectifs — et non plus seulement parmi les détenteurs de réserves.

Washington en acteur central du nouveau paysage énergétique

Le rôle des États-Unis est déterminant dans cette séquence. Le président américain Donald Trump a publiquement affiché son intérêt stratégique pour les réserves vénézuéliennes, parmi les plus importantes de la planète. L’embargo pétrolier imposé par Washington en 2019 avait contribué à l’effondrement de la production et des exportations.

Selon plusieurs analystes du secteur, un assouplissement rapide des sanctions pourrait accompagner la nouvelle loi afin de permettre aux compagnies étrangères — notamment américaines — d’investir rapidement dans les nouveaux blocs d’exploration.

Une industrie affaiblie à reconstruire

Autrefois surnommé la « puissance pétrolière d’Amérique latine », le pays a vu sa production chuter brutalement au cours des vingt dernières années : mauvaise gestion, corruption, sous-investissement, fuite des compétences techniques et isolement financier ont gravement endommagé l’outil industriel.

Les autorités misent désormais sur :

l’apport de capitaux privés le transfert de technologies la remise à niveau des infrastructures la relance rapide des volumes extraits

Entre relance économique et dépendance stratégique

Cette libéralisation accélérée ouvre une nouvelle ère énergétique. Elle pourrait permettre une remontée rapide de la production et des recettes publiques. Mais elle soulève aussi des questions de souveraineté, de partage de la rente et de dépendance géopolitique.

Le pétrole reste le cœur du destin économique vénézuélien. En l’ouvrant massivement au privé sous pression américaine, les nouvelles autorités font un pari : celui d’un redressement rapide — au prix d’une rupture idéologique majeure avec le modèle des deux dernières décennies. Pour le Venezuela, l’or noir redevient plus que jamais un enjeu de pouvoir.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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