Avec Tanes DESULMA
Paris, 28 novembre 2025 — Le colloque « Haïti : le prix de l’indépendance », initié par la Plateforme Haïti sous l’égide de la Fédération protestante de France, s’est ouvert vendredi soir au 47 rue de Clichy, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris. Plusieurs dizaines de compatriotes et d’amis d’Haïti ont répondu présents pour une soirée intense, centrée sur la mémoire historique, les responsabilités internationales et l’impact durable de la dette de l’indépendance.
Un film puissant pour ouvrir trois jours de réflexion
Pour cette soirée inaugurale, les organisateurs ont projeté le documentaire « Haïti, la rançon de l’indépendance » du réalisateur Wandrille Lanos, sorti en 2024. Pendant une heure, le film revient sur l’un des chapitres les plus lourds de l’histoire haïtienne : la dette imposée par la France en 1825, devenue l’un des plus grands obstacles au développement du jeune État.
Le documentaire s’ouvre sur une intervention marquante de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, qui remet en lumière le montant colossal qu’Haïti estime devoir être restitué :
21 milliards 685 millions 135 571 dollars et 35 centimes.
Une revendication qui, rappelle le film, aurait contribué à son éviction, sous influence française, lors de la présidence de Jacques Chirac.
La dette qui a façonné l’histoire du pays
Plusieurs historiens, écrivains et spécialistes de la mémoire haïtienne participent au récit :
Frantz Voltaire, historien
Yanick Lahens, écrivaine et professeure au Collège de France
Jean-Marie Théodat, Directeur UFR de géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeurs à l’UEH
Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre français , ancien Maire de Nantes, président de la fondation Jean Jaurès et président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage
Gusti-Klara Gaillard, Historienne et spécialiste de la « Double Dette » imposée par la France à Haïti
Ils reviennent sur les mécanismes qui ont conduit Haïti à verser, sous contrainte militaire, 150 millions de francs-or aux anciens colons français.
Malgré une renégociation en 1838 réduisant ce montant à 90 millions, le pays a dû s’endetter lourdement, entraînant 125 ans d’appauvrissement structurel et empêchant l’édification d’un État stable.
Les anciens esclaves, nouvellement libres, ont continué à vivre dans des conditions précaires, avec une espérance de vie d’à peine 37 ans.
Aujourd’hui encore, souligne le documentaire, la France parle de « dette morale », une formule dénoncée par plusieurs intervenants comme une manière d’éviter la question de la restitution ou des réparations pour près de trois siècles d’esclavage.
Un débat engagé avec Vincent Mieville
À l’issue du film, un débat animé par Vincent Mieville, accompagné du géographe Jean-Marie Théodat et du chercheur Henri-Claude Télusma, post-doctorant à l’Université de Strasbourg, a permis au public d’approfondir les enjeux historiques, diplomatiques et économiques liés à cette dette.
Les échanges ont mis en lumière la nécessité de déconstruire les récits dominants et de replacer Haïti au centre de son histoire, loin des interprétations réductrices.
Un week-end riche, entre mémoire, réflexion et engagement
Cette soirée d’ouverture marque le début de trois jours de colloques qui se poursuivront avec une grande journée de conférences le samedi, suivie d’un culte communautaire animé par la diaspora haïtienne le dimanche au temple de l’Étoile.
Avec cette initiative, la Plateforme Haïti entend parler d’Haïti, mais aussi faire parler d’Haïti, en utilisant la dette comme point d’ancrage d’une réflexion globale sur la responsabilité internationale, les blocages historiques et les perspectives d’avenir pour le pays.