L’atmosphère se tend au sein de l’une des plus anciennes institutions médiatiques du pays. Un différend ouvert oppose désormais le directeur général de Radio Kiskeya, Jean Marvel Dandin, au co-propriétaire Harold Isaac, fils de la défunte journaliste Liliane Pierre-Paul, figure historique de la station et icône de la presse haïtienne.
Dans un message public, empreint d’émotion et d’accusations graves, Jean Marvel Dandin affirme que sa vie est en danger et dénonce une campagne de diffamation orchestrée, selon lui, par Harold Isaac et son épouse. Le directeur évoque des menaces à peine voilées, des propos malveillants sur son état de santé, et un climat de tension interne aggravé par des différends sur la gestion de la radio et la succession de Liliane Pierre-Paul.
« Wi, lavi mwen an danje. Lè pitit Liliane ak madanm li sal repitasyon mwen pou fè m pase pou mechan, se premye etap asasina a », a écrit Dandin dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux et transmise à Alternance Média.
Selon lui, le conflit aurait pris une tournure inquiétante le vendredi 7 novembre, lorsque Harold Isaac se serait présenté à la station, l’accusant d’avoir engagé des démarches auprès de la Banque Nationale de Crédit (BNC) pour faire saisir des biens familiaux. Dandin affirme qu’il a saisi le Protecteur du citoyen et plusieurs organisations de défense des droits humains, dénonçant des menaces et une « entreprise de déstabilisation personnelle et professionnelle ».
Dans une note datée du 5 novembre 2025, adressée à ces instances, le directeur de Kiskeya évoque des accusations répétées de détournement de fonds, ainsi qu’une campagne visant à le présenter comme gravement malade.
« Cette allégation mensongère est source de sérieuses préoccupations pour moi, ma famille et mes proches, qui y voient une démarche de pré-conditionnement de l’opinion publique », écrit-il.
Une station emblématique en crise
Radio Kiskeya, fondée en 1994 par Liliane Pierre-Paul, Marvel Dandin et Marcus Garcia, a longtemps incarné l’indépendance journalistique et la résistance démocratique face aux dérives du pouvoir. Depuis le décès de Liliane en 2023, la station traverse une période de fragilité financière et institutionnelle.
Des désaccords profonds sur la gestion interne et la propriété intellectuelle de la station seraient à l’origine des tensions actuelles. Dandin accuse Harold Isaac de vouloir exercer des fonctions que les statuts de la société anonyme « Radyo Kiskeya S.A. » ne lui confèrent pas.
Entre héritage et fracture
Pour de nombreux observateurs, cette crise dépasse une simple querelle de gestion : elle révèle la fragilité des institutions médiatiques haïtiennes, souvent construites autour de figures charismatiques et de sacrifices personnels. L’absence d’une gouvernance claire, combinée aux difficultés économiques, laisse ces structures vulnérables aux conflits internes.
« Se pa ni pou laglwa ni pou lajan. Se plis pase 30 lane konba ak sakrifis », écrit encore Dandin, rappelant la mission fondatrice de la station, née dans les années sombres de la transition démocratique.
En attendant, la radio de la rue Villemenay, jadis symbole d’une parole libre, se retrouve ébranlée par une tempête interne dont les répercussions dépassent ses murs.
Les organisations de presse et de droits humains sont appelées à agir en médiatrices, avant que cette crise ne vire à la tragédie annoncée par l’un de ses principaux protagonistes.