Port-au-Prince / New Delhi, 10 décembre 2025 — Le Konpa/Compas d’Haïti a été officiellement inscrit, ce mercredi, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, à l’issue de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tenue à New Delhi, en Inde. Cette reconnaissance consacre près de 70 ans d’existence d’un genre musical devenu symbole identitaire de la nation haïtienne.
L’annonce a été faite conjointement par le Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) et le Ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC), à travers la Délégation permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO. Les autorités précisent que le dossier soumis par Haïti a satisfait à l’ensemble des critères établis par l’organisation onusienne et que l’organe d’évaluation a validé à l’unanimité la candidature du Konpa/Compas.
S’exprimant lors de la session à New Delhi, Madame Maryse Saint Pierre Cyprien, ministre conseillère à la Délégation permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO, a salué la portée symbolique de cette consécration internationale. « Le compas n’est pas qu’une musique, il est le souffle d’un peuple, la pulsation d’une île où chaque note célèbre la vie, l’amour et la dignité », a-t-elle déclaré dans une allocution prononcée au nom de Son Excellence Lilas Desquiron, ambassadrice et déléguée permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO.
Inscrit depuis le 21 octobre 2019 au Registre national du patrimoine culturel immatériel d’Haïti, le Konpa bénéficie aujourd’hui de cette reconnaissance mondiale dans le cadre de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Né des rythmes traditionnels haïtiens et enrichi par des influences africaines, caribéennes, européennes et latino-américaines, le Konpa s’est imposé comme l’une des expressions culturelles les plus populaires du pays.
Dans sa note officielle, le Ministère de la Culture et de la Communication souligne que, tout comme la Citadelle Laferrière, le Palais Sans Souci, le Ramiers, la Soup Joumou et la Cassave, le Konpa vient désormais enrichir le patrimoine universel d’Haïti et consolider un pan essentiel de la mémoire collective nationale. Le Konpa est présenté comme un vecteur de fierté, de cohésion sociale et de rayonnement international pour les générations présentes et futures.
Les autorités saluent également le travail de longue haleine mené par les musiciens, chercheurs, institutions culturelles, écoles de musique, associations de danse et communautés artistiques, qui ont contribué à préserver et transmettre cette pratique musicale depuis plusieurs décennies. Le MCC et le MAEC remercient tout particulièrement les institutions qui ont soutenu la candidature du Konpa auprès de l’UNESCO.
Cette distinction intervient dans un contexte culturel marqué par la disparition récente de grandes figures de la musique haïtienne, dont Richard Duroseau, Ricardo Franck dit “Ti Plume” et Dadou Pasquet. Pour les autorités, cette reconnaissance internationale constitue à la fois un hommage à leur héritage et un encouragement à renforcer la création artistique et les industries culturelles haïtiennes.
Au-delà de sa portée symbolique, l’inscription du Konpa sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité ouvre également des perspectives en matière de diplomatie culturelle, de tourisme mémoriel et de coopération internationale. Le MCC et le MAEC réitèrent leur engagement à poursuivre les efforts de valorisation du patrimoine culturel immatériel haïtien, considéré comme un levier fondamental du renforcement de l’identité nationale.
Soixante-dix ans après sa naissance, le Konpa d’Haïti accède ainsi au rang des grandes expressions culturelles universelles. Plus qu’un genre musical, il devient désormais un patrimoine de l’humanité entière, témoignant de la créativité, de la résilience et de la vitalité du peuple haïtien.