Alors que le Venezuela demeure plongé dans une crise politique, économique et sociale profonde, le pétrole refait surface comme levier stratégique majeur dans les calculs de Washington et des milieux financiers américains. Selon le Financial Times, un fonds d’investissement basé aux États-Unis affirme avoir déjà levé 2 milliards de dollars pour relancer l’industrie pétrolière vénézuélienne, dans l’hypothèse de l’éviction du président Nicolás Maduro.
Cette initiative est portée par Ali Moshiri, ancien responsable des opérations pour l’Amérique latine du groupe Chevron, l’une des rares compagnies américaines à être restée partiellement active au Venezuela malgré les sanctions. Selon lui, les investisseurs américains seraient prêts à revenir massivement dans le pays dès qu’un changement politique ouvrirait la voie à une normalisation des relations avec Washington.
« Depuis l’opération du 3 janvier, l’intérêt pour le Venezuela est passé de 0 à 99 % », affirme-t-il au Financial Times, évoquant une douzaine d’appels d’investisseurs en quelques jours.
Des investissements déjà structurés
Le fonds Amos Global Energy, dirigé par Ali Moshiri, s’apprête à lancer un mémorandum de placement privé, document clé destiné à convaincre les investisseurs. Celui-ci prévoit notamment :
l’achat de 20 000 à 50 000 barils de production quotidienne, ainsi que 500 000 barils de réserves, auprès de la compagnie pétrolière nationale Petróleos de Venezuela (PDVSA).
Ces projections reposent sur l’idée que le départ de Nicolás Maduro permettrait un retour rapide des capitaux étrangers, encouragé par les déclarations de Donald Trump, qui a affirmé vouloir désormais « dicter ses conditions » à Caracas et injecter « des milliards de dollars » dans le pays.
Le paradoxe pétrolier vénézuélien
Le Venezuela détient pourtant un atout énergétique hors norme. En 2024, le pays disposait de 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit 17 % des réserves mondiales, ce qui en fait la première réserve de pétrole brut au monde.
Mais ce potentiel contraste violemment avec la réalité du terrain :
900 000 barils par jour seulement ont été extraits en 2024, soit à peine 1 % de la production mondiale, en raison du délabrement avancé des infrastructures, du manque d’investissements et des sanctions internationales. (Statistical Review of World Energy – Institut de l’énergie, Londres).
Prudence des géants du pétrole
Malgré l’enthousiasme affiché par certains fonds spéculatifs, les majors pétrolières américaines restent pour l’instant sur la réserve. Le Financial Times rappelle que les groupes énergétiques sont échaudés par :
l’instabilité politique chronique, l’historique des expropriations sous Hugo Chávez et Nicolás Maduro, les coûts colossaux nécessaires pour remettre en état champs pétrolifères, raffineries et réseaux de transport.
Le précédent irakien de 2009, lorsque l’ouverture des champs pétroliers avait attiré des investissements massifs, est souvent cité. Mais rien ne garantit que ce scénario se répétera dans un Venezuela fragilisé, institutionnellement affaibli et socialement exsangue.

Au-delà de l’économie, un enjeu géopolitique
Derrière les chiffres et les promesses d’investissements, ce dossier révèle une réalité plus profonde : le pétrole vénézuélien demeure un enjeu géopolitique central. L’empressement de certains investisseurs à se positionner avant même toute stabilisation politique illustre une logique de pré-conquête économique, étroitement liée aux intérêts stratégiques des États-Unis dans la région.
La question fondamentale demeure toutefois entière :
la relance pétrolière annoncée profitera-t-elle au peuple vénézuélien ou reproduira-t-elle un modèle d’exploitation au bénéfice exclusif des puissances étrangères et des élites économiques ?
Pour le Venezuela, pays riche d’un pétrole devenu malédiction, l’après-Maduro pourrait bien ouvrir une nouvelle ère — mais pas nécessairement une ère de souveraineté.