Une ultime tentative avortée pour écarter Laurent Saint-Cyr et renverser Alix Didier Fils-Aimé

Port-au-Prince, 7 janvier 2026 –
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a été, ces derniers jours, le théâtre d’une nouvelle manœuvre politique d’envergure, finalement avortée. Après plusieurs tentatives infructueuses visant à révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, un groupe de conseillers présidentiels a cherché à provoquer un double renversement au sommet de l’exécutif transitoire : écarter le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, et relancer le dossier du chef du gouvernement
, révèle Ralph Siméon, éditorialiste « ALTERNANCE MÉDIA « 

Selon des informations concordantes recueillies auprès de sources proches du CPT, cinq conseillers présidentiels auraient signé une résolution interne en vue de remplacer Laurent Saint-Cyr. Il s’agit de Smith Augustin, Gérard Gilles, Emmanuel Vertilaire, Fritz Alphonse Jean et Leslie Voltaire. Cette initiative, qui devait aboutir ce mardi 7 janvier, n’a finalement pas été mise à exécution.

Une stratégie à “double détente”

D’après plusieurs sources, cette nouvelle tentative s’inscrit dans la continuité des démarches répétées de Fritz Alphonse Jean, ancien coordonnateur du CPT, pour obtenir la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette fois, un rapprochement stratégique avec Smith Augustin aurait permis d’envisager une opération politique plus large, visant à « faire d’une pierre deux coups » : changer la tête du CPT et relancer le processus de remplacement du chef du gouvernement.

Toujours selon une source interne, l’intervention du chargé d’affaires des États-Unis en Haïti aurait contribué à faire capoter la manœuvre, en rappelant les lignes rouges de la communauté internationale à un mois de la fin officielle du mandat du CPT. Aucune communication officielle n’a confirmé cette intervention, mais plusieurs acteurs internes évoquent des échanges directs entre diplomates étrangers et membres du Conseil.

Smith Augustin au centre des soupçons, entre démenti et accusations

Présenté par plusieurs sources comme l’initiateur réel de la tentative visant à évincer Laurent Saint-Cyr, le conseiller présidentiel Smith Augustin, par ailleurs inculpé pour corruption, a formellement rejeté ces accusations. Intervenant ce mercredi sur les ondes de Radio Métropole, il a affirmé n’avoir jamais entrepris de démarche pour remplacer Laurent Saint-Cyr ni pour briguer la coordination du CPT.

Cependant, deux conseillers présidentiels contactés par le journal Le nouvelliste soutiennent une version différente. Ils affirment avoir été directement approchés par Smith Augustin, lequel se serait montré déterminé à devenir le prochain président du Conseil présidentiel de transition. Ces témoignages internes confirment l’existence d’un projet structuré, même s’il n’a pas franchi le cap d’une formalisation officielle.

Un CPT miné par les divisions internes

Cinq mois après sa prise de fonction, Laurent Saint-Cyr apparaît de plus en plus isolé au sein du CPT. Plusieurs membres lui reprochent des difficultés à organiser régulièrement le Conseil des ministres et un mode de gouvernance jugé peu consensuel. En toile de fond, un conflit ouvert avec Fritz Alphonse Jean persiste depuis la gestion du dossier Alix Didier Fils-Aimé et certaines divergences sur des changements à opérer au sein de l’appareil d’État, notamment dans des institutions sensibles comme l’ULCC.

À l’origine, une résolution interne prévoyait une rotation de la coordination du CPT entre ses membres jusqu’au 7 février 2026, date de fin de mandat. Mais les luttes d’influence, les ambitions personnelles et les pressions externes ont profondément fragilisé cette entente.

À un mois du 7 février, une transition sous tension

À l’approche de l’échéance du 7 février, des discussions parallèles se multiplient entre conseillers présidentiels, partis politiques et acteurs de la société civile, chacun cherchant à sécuriser sa place dans l’architecture post-transition. Plusieurs scénarios sont sur la table : maintien partiel du CPT, exécutif resserré, gouvernement technocratique ou retour à une formule présidentielle issue de la Cour de cassation.

En attendant un éventuel accord politique, l’échec de cette dernière tentative de coup de force révèle l’extrême fragilité du CPT, pris en étau entre rivalités internes, ambitions personnelles et arbitrages de la communauté internationale. À quelques semaines d’un moment décisif pour la transition, l’incertitude demeure totale.

By Ralph Siméon

Ralph SIMÉON- journaliste engagé, animateur et entrepreneur. J'ai fait mes premiers pas à Radio Haïti Inter, média emblématique et référence nationale. En France, j'ai cofondé Haïti Tribune avant de rejoindre le service créole de Radio France Internationale ( RFI). Mon parcours incarne un engament constant en faveur de l'information , du lien social et de la valorisation d' Haïti sur la scène internationale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *