Alors que la capitale suffoque une nouvelle fois sous les effets d’une pénurie persistante de carburant, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a publié une mise au point affirmant qu’« aucune rareté de carburant n’est enregistrée » sur le marché national. Une déclaration qui contraste fortement avec la situation vécue sur le terrain, où de longues files d’attente, des stations fermées et un marché noir débridé attestent du contraire, analyse dans chronique, Ralph Siméon, éditorialiste politique « ALTERNANCE MÉDIA « 

Un discours officiel qui ignore la réalité sécuritaire

Selon le communiqué, relayé par le MCI, les informations recueillies auprès des importateurs et distributeurs « confirment que les produits sont disponibles en quantité suffisante ». Le ministère attribue les perturbations observées à des « pratiques irrégulières » dans certaines stations-service, promettant d’y dépêcher des inspecteurs pour contrôler les prix et sanctionner les spéculations.

Or, depuis plusieurs jours, la principale cause du blocage de l’approvisionnement n’est pas commerciale, mais sécuritaire : des groupes armés membres de la coalition “Viv Ansanm” bloquent l’accès aux terminaux pétroliers, empêchant les camions-citernes d’accéder ou de quitter les installations. Sans accès aux dépôts de Varreux ou de Thor, le carburant disponible sur papier ne peut tout simplement pas atteindre les stations.

Des inspecteurs… mais pas de camions

Dans ce contexte, la décision du ministère de mobiliser des inspecteurs pour vérifier les stations-service interroge.
Comment contrôler des stations qui, pour beaucoup, ne sont pas livrées en raison de l’insécurité ? Comment sanctionner des propriétaires qui ne reçoivent aucun produit ?

Alors que l’enjeu principal réside dans la sécurisation des corridors menant aux dépôts, la mesure annoncée semble déconnectée des dynamiques réelles du terrain. La présence d’inspecteurs même accompagnés de la Police nationale d’Haïti, comme indiqué dans la note, ne permet pas de résoudre le verrouillage du système logistique par les bandes armées.

Un marché totalement paralysé

Sur l’aire métropolitaine comme en province, les conséquences sont visibles :

stations fermées, faute d’approvisionnement ;

marché noir actif, avec des prix multipliés par deux ou trois ;

transport en commun désorganisé, entraînant une hausse des coûts pour la population ;

Les entreprises vont être contraintes de réduire leurs activités.

Les opérateurs pétroliers reconnaissent la disponibilité du carburant dans les dépôts, mais admettent que le transport reste le maillon bloqué.

Une politique publique en décalage

Dans sa note, le MCI appelle la population à « la sérénité ». Pourtant, le communiqué ne mentionne pas les acteurs armés qui, en réalité, déterminent le rythme de distribution du carburant. Cette omission soulève des questions sur la volonté ou la capacité du gouvernement à assumer l’implication directe de la crise sécuritaire dans les dysfonctionnements économiques.

En ciblant les stations-service, le ministère semble déplacer le problème vers les distributeurs finaux, alors que le blocage se situe en amont, au cœur de la chaîne d’approvisionnement.

La pénurie de carburant que vivent les Haïtiens n’est pas une question de quantité disponible, comme le suggère le MCI, mais une question de sécurité et de contrôle territorial.
Sans une stratégie claire pour libérer l’accès aux terminaux pétroliers, l’envoi d’inspecteurs sur le terrain relève davantage d’un geste administratif que d’une solution opérationnelle.

En attendant, la population continue de subir les coûts économiques et sociaux d’un État incapable de sécuriser le circuit vital de l’énergie.

By Ralph Siméon

Ralph SIMÉON- journaliste engagé, animateur et entrepreneur. J'ai fait mes premiers pas à Radio Haïti Inter, média emblématique et référence nationale. En France, j'ai cofondé Haïti Tribune avant de rejoindre le service créole de Radio France Internationale ( RFI). Mon parcours incarne un engament constant en faveur de l'information , du lien social et de la valorisation d' Haïti sur la scène internationale.

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