Il y a des limites qu’aucune société ne devrait franchir.
Et pourtant, en Haïti, à l’occasion des récentes célébrations de Pâques, ces limites ont été piétinées sous les regards, les rires… et parfois, le silence, dénonce, dans son éditorial, Tanes DESULMA directeur de la rédaction d’ « Alternance Média « …
Sous couvert d’un prétendu “challenge de peinture”, des hommes se sont permis de toucher, de manipuler et d’exposer le corps de jeunes femmes, notamment au niveau de leur poitrine, en pleine rue, devant un public. Ce qui est présenté comme un divertissement n’est, en réalité, qu’une mise en scène troublante de l’irrespect.
Il faut le dire clairement, sans détour :le corps des femmes n’est pas un jeu. Ni divertissement, ni tradition : une atteinte à la dignité.Aucune fête, aucune tradition, aucun contexte social ne peut justifier qu’on porte atteinte à l’intégrité physique d’une personne.
Le corps humain — et plus encore celui des femmes dans un contexte marqué par des inégalités persistantes — mérite respect, protection et considération.Ce que nous avons vu n’est pas anodin : ce sont des gestes posés sur des parties intimes, dans un cadre public, avec une pression sociale implicite. Dans ces conditions, la notion même de consentement devient fragile, voire illusoire. Or, sans consentement libre, éclairé et explicite, ces actes peuvent relever d’une agression au regard de la loi.
Le piège de la banalisation
Le plus grave n’est pas seulement l’acte. C’est la facilité avec laquelle il est accepté. On filme. On partage. On commente. On rit. Et progressivement, l’inacceptable devient tolérable. Une société ne s’effondre pas toujours dans le bruit. Parfois, elle glisse lentement, en normalisant ce qu’elle aurait dû condamner. Aujourd’hui, ce sont des “jeux”. Demain, ce seront des abus plus graves, justifiés par habitude.
Responsabilité collective
Il serait trop simple de pointer uniquement du doigt les auteurs de ces gestes. Car il y a aussi :ceux qui regardent sans intervenir, ceux qui encouragent par leurs rires, ceux qui diffusent sans conscience.Le silence n’est pas neutre. Il valide. L’indifférence n’est pas passive. Elle autorise.
L’État face à ses responsabilités
Face à cette dérive, l’État haïtien ne peut rester muet. Nous appelons :les commissaires du gouvernement à travers toutes les juridictions, les autorités policières, et les institutions concernées,à agir avec fermeté et responsabilité . Ouvrir des enquêtes sur ces faits, identifier les personnes impliquées, qualifier juridiquement ces actes, et engager des poursuites si nécessaire. Mais au-delà de la répression, il faut aussi prévenir : sensibiliser à la notion de consentement, réaffirmer les limites du respect dans l’espace public, protéger les plus vulnérables.
Refuser, pour nos filles
En tant que père, je refuse que mes filles grandissent dans une société où leur corps pourrait être transformé en spectacle. Je refuse que la pression sociale fasse taire leur inconfort.Je refuse que le respect devienne une option. Nos filles méritent mieux. Elles méritent un pays où leur dignité est non négociable.
Tracer une ligne claire
Il est encore temps de dire stop. Stop à la confusion entre liberté et dérive.Stop à la banalisation de l’irrespect. Stop à la culture du silence.Parce qu’au fond, la question est simple : Voulons-nous être une société qui divertit en humiliant…ou une société qui avance en respectant ?
Alternance Média s’engage
Nous continuerons à dénoncer, à alerter et à défendre les principes fondamentaux de dignité, de justice et de respect.
Parce que certaines limites ne doivent jamais être franchies.