La meilleure note connue de l’Artibonite risque de perdre sa place à l’université faute d’un document que le MENFP refuse de délivrer. Trois mois après le bac, la liste des lauréats n’a toujours pas été publiée, plongeant les candidats dans l’incertitude.
Un silence qui suscite l’incompréhension
Trois mois après la publication des résultats du baccalauréat 2025, le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) n’a toujours pas rendu publique la liste des lauréats nationaux et départementaux.
Pourtant, le pays connaît déjà son taux de réussite : 44,96 %, soit 42 466 admis sur 94 461 candidats.
Mais les noms des élèves les mieux classés, eux, restent introuvables.
Aucun communiqué officiel.
Aucune note de presse.
Aucune transmission aux institutions universitaires, dont les concours arrivent pourtant à leur fin.
Cette opacité prive plusieurs élèves d’un document essentiel pour confirmer leur rang et leur permettre d’intégrer les établissements qui réservent des places aux lauréats.
Le cas d’un élève d’exception pris au piège administratif
Parmi les élèves touchés par cette absence de transparence, celui de Clervoir Yould Albert D. Phendy, originaire de Gros-Morne, est particulièrement alarmant.
Avec 1 721 points sur 1 900, soit 9,056/10, il a obtenu la meilleure performance connue dans le département de l’Artibonite.
Chaque année, l’Université Henri Christophe de Limonade admet trois lauréats départementaux parmi les meilleurs candidats. Mais pour confirmer son admission, Albert doit obligatoirement présenter une attestation du MENFP ou de la Direction départementale de l’Éducation certifiant son rang.
Depuis des semaines, il multiplie les démarches.
En vain.
Selon les informations recueillies localement, le directeur départemental de l’Artibonite aurait déclaré que le ministre refuse de publier ou de communiquer la liste, y compris aux écoles, aux universités et aux élèves concernés.
« On dirait qu’il s’agit d’un secret d’État », ironisent plusieurs enseignants.
L’enjeu est crucial : Albert doit soumettre son attestation avant ce jeudi 13 novembre. Sans ce document, il perdra une opportunité qu’il a pourtant méritée à la force de son travail.
Une cérémonie sans liste officielle
L’ironie du calendrier n’échappe à personne. Le même jour, le MENFP prévoit une cérémonie à Port-au-Prince avec quatre des dix prétendus lauréats nationaux.
Pourtant, la liste officielle n’a jamais été publiée.
Comment présenter des lauréats que personne n’a pu identifier ou vérifier ?
Ni les journalistes, ni les directions départementales, ni les universités ne disposent d’un document officiel permettant de confirmer ces noms.
La situation soulève des questions sérieuses sur la gestion de ce dossier sensible.
Le MENFP enfermé dans son silence
Après plusieurs démarches auprès du MENFP, de la Direction de l’Artibonite et du Bureau central des examens, l’équipe d’Alternance Média TV n’a obtenu aucune réponse.
Le ministère reste discret, voire mutique, face aux critiques et aux demandes insistantes de la presse.
Ce silence porte atteinte à la crédibilité d’une institution censée garantir la justice et l’égalité des chances.
Il pèse lourdement sur des élèves brillants, dont plusieurs risquent de perdre l’accès à des programmes universitaires où leur mérite devrait être célébré, et non ignoré.
Une obligation morale et républicaine
Le cas d’Albert n’est pas isolé : plusieurs autres élèves, reconnus localement comme parmi les meilleurs de leurs départements, attendent toujours une reconnaissance officielle.
La publication de la liste des lauréats n’est ni un privilège ni une faveur.
C’est un devoir institutionnel, une obligation de transparence et une responsabilité envers une jeunesse qui continue de croire en la valeur du travail et du mérite.
Il appartient désormais au MENFP de sortir de son silence, de rétablir la transparence et de restaurer la confiance dans un système éducatif qui ne peut se permettre d’abandonner ses meilleurs élèves.