Lors de sa conférence annuelle du 19 décembre, le président russe Vladimir Poutine a affiché une posture de fermeté stratégique sur la guerre en Ukraine, tout en se disant ouvert à une issue diplomatique sous conditions. Devant la presse et les citoyens russes, il a revendiqué l’initiative militaire, renvoyé la responsabilité du conflit à Kiev et à ses alliés occidentaux, et défendu les choix économiques de Moscou dans un contexte de tensions internationales prolongées.
Une conférence très attendue dans un contexte de guerre prolongée
Comme chaque année, Vladimir Poutine s’est livré à l’exercice de sa grande conférence annuelle mêlant conférence de presse et dialogue avec les citoyens russes. L’édition de ce vendredi 19 décembre revêtait toutefois une importance particulière. Près de trois ans après le début de la guerre en Ukraine, la Russie fait face à un isolement diplomatique accru, à des sanctions économiques durables et à une confrontation stratégique directe avec l’Occident.
Durant plusieurs heures, le président russe a répondu aux questions de journalistes russes et étrangers, mais aussi à celles de citoyens. Il a abordé un large éventail de thèmes : la situation militaire en Ukraine, les relations avec les États-Unis et l’Otan, l’économie russe, ainsi que plusieurs dossiers sensibles sur le plan diplomatique. L’objectif était clair : démontrer que le Kremlin conserve le contrôle de la situation, tant à l’intérieur du pays que sur la scène internationale.
« La balle est dans le camp » de Kiev et de ses soutiens occidentaux
Sur le conflit ukrainien, Vladimir Poutine a tenu un discours désormais bien rodé. Selon lui, la poursuite ou la fin de la guerre dépend aujourd’hui exclusivement de l’Ukraine et de ses alliés occidentaux. « La balle est dans leur camp », a-t-il affirmé, assurant que Moscou restait prêt à engager des négociations.
« Nous sommes prêts et disposés à mettre fin à ce conflit pacifiquement », a déclaré le président russe, tout en posant des conditions strictes. Pour le Kremlin, toute solution durable doit s’attaquer aux « causes profondes » de la crise, une expression qui renvoie notamment à la neutralité de l’Ukraine, à la reconnaissance des territoires annexés par la Russie et à un nouvel équilibre sécuritaire en Europe.
Vladimir Poutine a évoqué l’existence de « certains signaux » en provenance de Kiev, sans toutefois en préciser la nature. Une ambiguïté qui entretient le flou sur la réalité d’éventuels canaux diplomatiques en coulisses.
Pas de nouvelles offensives, sous condition de « respect »
Interrogé sur d’éventuelles nouvelles « opérations militaires spéciales », le président russe a tenu à rassurer, du moins dans son discours. « Il n’y aura aucune opération si vous nous traitez avec respect et respectez nos intérêts », a-t-il déclaré.
Par cette formule, Vladimir Poutine a cherché à affirmer que la Russie n’a pas vocation à étendre le conflit à d’autres pays. Il a insisté sur le fait que Moscou n’envisage aucune attaque contre d’autres États, à condition que sa sécurité soit garantie.
Cette position entre toutefois en contradiction avec les déclarations répétées du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui estime qu’une défaite de l’Ukraine ouvrirait la voie à une expansion militaire russe vers la Pologne et d’autres pays d’Europe orientale. Le Kremlin rejette catégoriquement cette hypothèse, qu’il qualifie de « propagande » destinée à maintenir l’aide occidentale à Kiev.
Donald Trump cité en exemple, l’Occident mis en cause
Vladimir Poutine a longuement évoqué les relations avec les États-Unis, mettant en avant Donald Trump comme un interlocuteur sincère. Selon lui, l’ancien président américain aurait véritablement cherché à mettre fin au conflit en Ukraine.
« Il agit avec une totale sincérité », a affirmé le président russe, évoquant des propositions de compromis acceptées par Moscou lors de discussions passées. Il a notamment rappelé leur rencontre à Anchorage, tout en rejetant toute accusation selon laquelle la Russie ferait obstacle à un règlement diplomatique.
« Dire que nous rejetons quoi que ce soit est totalement infondé », a-t-il insisté, renvoyant la responsabilité de l’échec des négociations aux autorités ukrainiennes et à leurs soutiens occidentaux.
L’Otan, désignée comme l’une des causes centrales du conflit
Comme à son habitude, Vladimir Poutine a consacré une part importante de son intervention à l’Otan, qu’il considère comme l’un des principaux facteurs ayant conduit à la guerre en Ukraine.
Il a dénoncé l’expansion continue de l’infrastructure militaire de l’Alliance atlantique vers les frontières russes, évoquant des « préoccupations légitimes » en matière de sécurité. « Nous ne demandons rien d’extraordinaire », a-t-il assuré, tout en précisant que la Russie ne remet pas en cause le droit souverain des États à choisir leurs alliances, à condition que cela « ne menace personne, y compris nous ».
Le président russe a de nouveau accusé l’Occident de ne pas avoir respecté ses engagements après la fin de la guerre froide. « Nous avons été trompés », a-t-il déclaré, appelant à la construction d’« un système de sécurité fiable en Europe ».
L’affaire Laurent Vinatier, un signal adressé à la France
Interrogé sur le cas du chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024 et susceptible d’être jugé pour « espionnage », Vladimir Poutine a affirmé « ne rien savoir » de ce dossier précis.
Il a toutefois promis de « se renseigner » et de « faire tout son possible » pour que cette affaire puisse être réglée « de manière positive ». Une déclaration prudente, mais qui pourrait être interprétée comme un signal adressé aux autorités françaises, dans un contexte de relations diplomatiques tendues entre Moscou et les capitales européennes.
Sur le front ukrainien, Moscou revendique l’initiative stratégique
Sur le plan militaire, le président russe s’est montré particulièrement confiant. Il a affirmé que l’initiative stratégique était désormais « entièrement entre les mains » de l’armée russe.
« Nos troupes progressent sur tout le front (…) dans toutes les directions, l’ennemi recule », a-t-il déclaré, se disant convaincu que de « nouveaux succès » seraient enregistrés avant la fin de l’année. Selon les chiffres avancés par Moscou, la Russie contrôlerait environ 19 % du territoire ukrainien.
Ces affirmations sont régulièrement contestées par Kiev et ses alliés, mais elles participent d’un discours destiné à consolider le soutien de l’opinion publique russe et à montrer que la stratégie militaire du Kremlin porte ses fruits.
Interrogé sur sa responsabilité personnelle dans le conflit, le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, Vladimir Poutine a rejeté toute culpabilité. « Nous n’avons pas commencé cette guerre », a-t-il affirmé, imputant une nouvelle fois son déclenchement aux autorités ukrainiennes.
Avoirs russes gelés : une ligne rouge pour le Kremlin
La question des avoirs russes gelés à l’étranger a également été abordée. Vladimir Poutine a mis en garde les pays européens contre toute tentative de saisie définitive de ces fonds.
Pour le président russe, une telle décision constituerait « un braquage en plein jour ». Il a estimé qu’elle porterait gravement atteinte à la crédibilité financière de la zone euro et, plus largement, à la confiance dans l’ordre financier international.
« Ce n’est pas seulement une atteinte à leur image, c’est une atteinte à la confiance dans l’ordre financier mondial », a-t-il déclaré, promettant que Moscou défendrait ses intérêts « devant les tribunaux ».
Un ralentissement économique assumé par le pouvoir
Sur le plan intérieur, Vladimir Poutine a reconnu un ralentissement de l’économie russe. La croissance du PIB devrait se situer autour de 1 %, un chiffre modeste comparé aux années précédentes.
Le président a toutefois présenté ce ralentissement comme un choix stratégique. « Il s’agit d’une décision délibérée (…) le prix à payer pour préserver la qualité de l’économie », a-t-il expliqué.
Il a mis en avant plusieurs indicateurs qu’il juge positifs : une inflation appelée à passer sous les 6 %, une hausse des salaires réels estimée à 4,5 %, un déficit budgétaire contenu et une dette publique qu’il qualifie de « parmi les plus faibles des économies développées ».
La Russie se dit prête à garantir de futures élections en Ukraine
Enfin, Vladimir Poutine a évoqué la possibilité pour la Russie de contribuer à la sécurité de futures élections en Ukraine. « Nous sommes prêts à réfléchir aux mesures à prendre pour garantir la sécurité en Ukraine pendant d’éventuelles élections », a-t-il déclaré, allant jusqu’à évoquer une suspension des frappes durant un scrutin présidentiel.
Il a également affirmé que les Ukrainiens vivant en Russie devraient avoir le droit de participer à ces élections. Des propos immédiatement rejetés par Kiev, qui conteste toute légitimité de Moscou à intervenir dans son processus électoral.
Une démonstration de fermeté stratégique
À travers cette conférence annuelle, Vladimir Poutine a cherché à affirmer que la Russie se considère en position de force, tant sur le plan militaire que diplomatique, tout en se disant ouverte à une solution négociée strictement encadrée par ses intérêts.
Entre discours d’apaisement, mise en cause de l’Occident et revendication de souveraineté, le président russe continue de tracer une ligne politique destinée à son opinion publique autant qu’à ses adversaires internationaux. Reste à savoir si ces déclarations ouvriront la voie à de véritables négociations ou s’inscrivent avant tout dans une stratégie de communication, alors que la guerre en Ukraine continue de bouleverser l’équilibre européen.