Portrait – Longtemps femme de confiance de Nicolás Maduro, Delcy Rodríguez incarne aujourd’hui une figure centrale du pouvoir vénézuélien. Désignée présidente par intérim par la Cour suprême, elle devient la première femme à diriger le pays. Une ascension fulgurante pour cette juriste de formation, désormais confrontée à une pression internationale accrue, notamment de la part du président américain Donald Trump.
De femme de l’ombre à cheffe de l’État
Vice-présidente depuis 2018 et première dans l’ordre de succession, Delcy Eloína Rodríguez Gómez, 56 ans, a été investie samedi à la tête du Venezuela. Sur Telegram, elle a rapidement fixé le cap :
« Nous invitons le gouvernement américain à travailler conjointement à un agenda de coopération fondé sur l’égalité souveraine et la non-ingérence. »
Un message directement adressé à Washington, appelant à une relation « équilibrée et respectueuse », loin de la rhétorique de confrontation qui a longtemps dominé.
Une gestionnaire pragmatique au cœur du chavisme
Cheveux lisses, lunettes aux larges verres et sourire que ses adversaires jugent volontiers ironique, Delcy Rodríguez traîne le surnom de « tigresse ». Pourtant, derrière l’image de dureté, les milieux économiques lui reconnaissent un pragmatisme certain.
Ministre de l’Économie entre 2020 et 2023, elle a rouvert le dialogue avec un patronat longtemps diabolisé par le pouvoir chaviste. Des passerelles inédites entre secteur privé et État ont vu le jour, faisant d’elle, pour certains analystes, le visage modéré d’une transition possible.
D’autres, en revanche, la rangent sans ambiguïté dans la ligne dure du chavisme, héritage politique de Hugo Chávez et de ses vastes nationalisations.
Militante précoce, ascension fulgurante
Fille d’un dirigeant communiste mort en 1976 sous les coups de la police, Delcy Rodríguez s’engage très tôt. En 2006, elle entre au gouvernement comme ministre du Secrétariat de la présidence, sans véritable base politique propre.
Son véritable envol débute en 2013, avec l’arrivée de Nicolás Maduro au pouvoir :
Ministre de la Communication (2013-2014) Ministre des Affaires étrangères (2014-2017) Architecte de la sortie du Venezuela de l’Organisation des États américains Présidente de l’Assemblée constituante Ministre de l’Économie, puis responsable du secteur pétrolier après la chute de Tareck El Aissami en 2023

Une disgrâce retentissante que certains observateurs attribuent à l’influence de la fratrie Rodríguez, Delcy et son frère Jorge, président du Parlement.
Un intérim sous haute tension
À ce stade, Delcy Rodríguez n’a pas encore prêté officiellement serment devant l’Assemblée nationale. Son intérim est constitutionnellement limité à 90 jours, prorogeables une fois. En cas de vacance absolue de Nicolás Maduro — encore non déclarée — elle serait tenue de convoquer des élections dans les 30 jours.
Entre fidélité au système chaviste, ouverture économique mesurée et appels au dialogue international, Delcy Rodríguez avance sur une ligne de crête. Une chose est sûre : sa prise de pouvoir marque un tournant historique au Venezuela… et un nouveau front politique face à Washington.