La visite du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, à Saint-Domingue a débouché sur un accord stratégique : la République dominicaine autorise l’armée américaine à utiliser la base aérienne San Isidro et l’aéroport Las Américas pour ses opérations antidrogue dans la Caraïbe.
Un geste présenté comme « technique », mais qui intervient alors que Washington déploie porte-avions, navires de guerre et avions de chasse autour du Venezuela, et multiplie les frappes contre des « narcoterroristes ».
Haïti en plein effondrement
Cette montée en puissance militaire se déroule alors que Haïti traverse l’une des pires crises de son histoire :
contrôle de Port-au-Prince par les gangs, institutions paralysées, inflation massive, 400 000 déplacés internes et risque de famine.
Haïti est aujourd’hui un État fragmenté, incapable d’influencer les décisions régionales qui pourtant le concernent directement.
Une hostilité dominicaine assumée
Parallèlement, la République dominicaine mène depuis plusieurs années une politique de plus en plus dure contre les Haïtiens :
déportations massives, construction d’un mur frontalier, refus d’accès à certains soins, climat social marqué par la xénophobie et les violences.
L’État dominicain capitalise politiquement sur la peur de l’effondrement haïtien et se présente comme le rempart de la stabilité caraïbe.
Analyse : Washington, Abinader et l’effondrement haïtien — une nouvelle carte géopolitique caraïbe
L’accord signé entre Washington et Santo Domingo n’est pas un simple arrangement logistique.
Il reflète une réalité régionale :
Haïti s’effondre. La République dominicaine se durcit. Les États-Unis renforcent leur présence militaire à proximité du Venezuela.
Dans ce triangle, Haïti n’est plus un sujet diplomatique :
c’est devenu un vide stratégique, un espace ingouverné que ses voisins veulent contenir plutôt qu’aider.
La question essentielle est désormais la suivante :
ce dispositif militaire est-il réellement destiné à la lutte antidrogue, ou prépare-t-il une confrontation plus directe contre le Venezuela, avec la République dominicaine comme plateforme avancée ?