Face à l’escalade incontrôlée de la violence armée et à la collusion persistante entre responsables politiques et gangs criminels, l’Union européenne a décidé de durcir le ton. Le Conseil de l’UE a adopté de nouvelles mesures restrictives visant trois personnalités haïtiennes de premier plan ainsi qu’un gang notoire de Port-au-Prince, accusés de violations graves des droits humains et de déstabilisation durable du pays.
Le Conseil de l’Union européenne a annoncé l’adoption de sanctions ciblées contre Michel Martelly, ancien président de la République d’Haïti, Youri Latortue, ancien conseiller politique, ancien président du Sénat et fondateur du parti Ayiti An Aksyon (AAA), ainsi que Rony Célestin, ancien sénateur PHTK. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre du régime de sanctions européen consacré à Haïti, mis en place en réponse à l’ampleur de la crise sécuritaire et humanitaire.
Selon les autorités européennes, Michel Martelly et Youri Latortue auraient armé et financé plusieurs gangs afin de promouvoir leurs agendas politiques, protéger leurs intérêts économiques et exercer un contrôle territorial. Ces pratiques auraient contribué directement à l’essor des groupes armés, à la fragmentation de l’État et à l’aggravation de l’insécurité dans plusieurs zones du pays.
Rony Célestin, pour sa part, est accusé d’être impliqué dans des violences liées à des groupes armés et à des réseaux de contrebande, notamment de carburant. Il est également tenu pour responsable de l’assassinat du journaliste Néhémie Joseph, tué après avoir mis au jour ses activités illégales et des faits de corruption. Ce crime avait suscité une vive émotion dans le milieu de la presse haïtienne et internationale.
L’Union européenne a également inscrit sur sa liste noire le gang « 5 Segond », basé dans le quartier stratégique de Village-de-Dieu, à Port-au-Prince. Ce groupe criminel est considéré comme l’un des plus violents du pays. Il est accusé de meurtres, viols, enlèvements, extorsions, actes de piraterie, ainsi que de trafics d’armes et de drogue. Le gang est aussi tenu pour responsable de l’entrave à l’acheminement de l’aide humanitaire, aggravant la situation des populations civiles déjà vulnérables.
Les personnes et l’entité sanctionnées font désormais l’objet d’un gel total de leurs avoirs dans l’Union européenne. Il est strictement interdit aux ressortissants et aux entités européennes de leur fournir des fonds, des ressources financières ou économiques, que ce soit directement ou indirectement. Les individus concernés sont en outre frappés d’une interdiction de voyager dans l’espace européen.
Les actes juridiques officialisant ces sanctions ont été publiés au Journal officiel de l’Union européenne, rendant les mesures immédiatement exécutoires.
Par cette décision, l’Union européenne affirme sa volonté de lutter contre l’impunité, de cibler les réseaux politico-criminels et de contribuer, par la pression internationale, à un retour progressif de la sécurité et de l’État de droit en Haïti.