Port-au-Prince, 20 décembre 2025 —
L’enlèvement de l’avocat et leader sociopolitique Mario Dorismond, survenu vendredi à Carrefour, illustre une nouvelle fois l’effondrement continu de la sécurité publique en Haïti. Le juriste, connu pour ses dénonciations ouvertes contre l’insécurité et l’impunité, aurait été kidnappé à son domicile par des hommes armés, selon plusieurs sources concordantes.
Originaire du département du Sud, natif de Praslin, section communale de Torbeck, Me Dorismond s’était progressivement imposé comme l’une des voix les plus audibles contre la montée de la violence armée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Une figure centrale de la mobilisation citoyenne à Carrefour
Au-delà de sa pratique du droit, Mario Dorismond était le coordonnateur du Mouvement Carrefour Lève-toi et Marche (MKL), une organisation sociopolitique engagée dans la mobilisation citoyenne et la défense des droits fondamentaux.
Très implanté dans la commune, le MKL s’est illustré par des actions de sensibilisation, des prises de parole publiques et des appels répétés à la restauration de l’autorité de l’État. Cette visibilité a fait de Me Dorismond une figure influente, notamment auprès des jeunes, mais aussi une cible exposée dans un environnement dominé par les groupes armés.
Des alertes publiques avant la disparition
Selon des proches, l’enlèvement de l’avocat serait directement lié à des dénonciations publiques faites sur un forum WhatsApp regroupant des habitants de Carrefour. Dans plusieurs messages vocaux diffusés peu avant sa disparition, Me Dorismond alertait sur la détérioration accélérée de la situation sécuritaire, notamment à Bizoton et Fontamara.
Il y décrivait des scènes de banditisme devenues quotidiennes : citoyens braqués en pleine rue, femmes menacées par des hommes lourdement armés, vols commis en toute impunité.
Il évoquait notamment une attaque survenue à Bizoton 51, à proximité même d’installations de la Marine haïtienne — un symbole, selon lui, de l’effondrement total de l’autorité publique.
À Fontamara 43, il signalait également le vol d’un véhicule devant une église, en plein office religieux, soulignant que même les lieux de culte ne sont plus épargnés par la violence armée.
Carrefour sous l’emprise des groupes armés
Ces faits s’inscrivent dans un contexte plus large de perte de contrôle de l’État sur plusieurs zones de la région métropolitaine. À Carrefour, de nombreux habitants dénoncent l’emprise croissante des gangs sur la vie économique, sociale et religieuse.
Selon plusieurs témoignages recueillis par notre rédaction, des églises, écoles, commerces et entreprises locales seraient contraintes de verser des paiements réguliers à des groupes armés pour continuer à fonctionner. Tout refus exposerait leurs responsables à des menaces, des attaques ou des fermetures forcées.
Zones d’ombre et climat de confusion
Si l’engagement public de Me Dorismond est largement reconnu, certaines voix évoquent également l’existence de zones d’ombre dans les relations complexes entre acteurs locaux et groupes armés. Des rumeurs de contacts antérieurs circulent, sans qu’aucun élément vérifié ne permette à ce stade de les confirmer.
Ces interrogations reflètent la réalité d’un terrain où les frontières entre engagement citoyen, survie communautaire et pressions criminelles sont devenues floues.
Un symbole de l’État défaillant
Au-delà du sort personnel de Mario Dorismond, son enlèvement est perçu comme un signal glaçant pour la liberté d’expression et l’engagement civique en Haïti. À Carrefour, dénoncer l’insécurité est désormais un acte à haut risque, surtout pour les figures sociopolitiques visibles.
Dans un climat marqué par l’inaction des autorités, ce rapt renforce le sentiment d’abandon d’une population livrée à elle-même.
Tant que l’impunité persistera et que les groupes armés conserveront leur emprise, préviennent plusieurs analystes, chaque voix critique restera une cible potentielle.
Un crime de trop, pendant que les membres du Conseil présidentiel continuent de danser sur les cadavres des familles dévastées par l’insécurité et le banditisme.