Arniquet (Sud, arrondissement de Port-Salut) – Dans cette commune à fort potentiel agricole et touristique, un constat s’impose : l’abandon prolongé de l’administration municipale fragilise la gouvernance locale, détériore les services publics et creuse le fossé entre les autorités et la population. Depuis plusieurs années, Arniquet évolue dans une crise administrative chronique marquée par l’absence de leadership institutionnel.
Un maire titulaire absent du territoire depuis plus de cinq ans
Élu en octobre 2015 et reconduit comme agent exécutif intérimaire sous la présidence de Jovenel Moïse, le maire principal Yves Marie Maurice Château ne réside plus en Haïti depuis 2020. Installé à Miami, en Floride, où il travaille comme agent de sécurité, il continue pourtant à percevoir son salaire de magistrat municipal via le MEF et le MICT.
Ce dysfonctionnement administratif, doublé d’un manquement éthique grave, interroge la responsabilité de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) ainsi que celle de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), deux institutions chargées du contrôle de la gestion publique.
Une mairie sans direction : paralysie, clientélisme et rupture du service public
L’absence durable du maire Château a plongé Arniquet dans une véritable décomposition institutionnelle. Le délégué de ville Evens Jeanty affirme que « le magistrat Maurice n’aime pas la commune, il l’a abandonnée sans remords ». Un sentiment partagé par de nombreux habitants, qui dénoncent indifférence et mépris.
Les deux maires assesseurs, Joseph Ludger François et Marie Bernadette Genois, sont perçus comme de simples exécutants dépourvus de délégation réelle, entraînant un blocage total de la machine administrative. La mairie ne parvient plus à assurer ses responsabilités essentielles : gestion des infrastructures, interventions d’urgence, entretien des espaces publics, documents officiels, etc.

L’ouragan Melissa révèle l’ampleur du vide institutionnel
Le passage récent de l’ouragan Melissa a mis en lumière l’incapacité de l’administration municipale à remplir ses missions. « La Ravine à l’Eau » a isolé la ville de plusieurs sections communales, rendant la circulation impossible.
Aucune intervention officielle n’a été observée. Ce sont des jeunes bénévoles et des chauffeurs de taxi-moto qui ont pris l’initiative de collecter des fonds et de dégager la voie avec des moyens rudimentaires. Une démonstration admirable de solidarité, mais qui ne saurait se substituer à l’action municipale.
« Pendant ce temps, le maire travaille paisiblement aux États-Unis », déplore Jean Maxo Civil, habitant de la commune.
Des juges de paix eux aussi absents : la justice locale en errance
Selon le citoyen Ludger Ligondé, l’effondrement de l’autorité ne touche pas que la mairie :
« Même les juges de paix ne vivent plus dans la commune. Ils résident tous aux Cayes. La commune est livrée à elle-même. Comment peut-on rendre justice si ceux qui incarnent l’État désertent la juridiction ? »
Cette absence généralisée crée un vide juridique qui favorise l’impunité, l’insécurité et l’inaccessibilité des services essentiels.
Une crise de gouvernance qui nécessite des réponses institutionnelles
Le cas d’Arniquet illustre un problème systémique : faiblesse de la décentralisation, manque de contrôle administratif, absence de sanctions. Pourtant, la loi sur les collectivités territoriales impose :
• l’obligation de résidence des élus locaux ;
• la reddition annuelle des comptes ;
• la supervision du MICT ;
• le contrôle de la CSCCA et de l’ULCC.
Aucun de ces dispositifs n’a été appliqué, laissant la commune dans une situation de gouvernance défaillante.
Un appel de la population à l’État central
Pour les habitants, il est temps que l’État intervienne. Ils réclament :
• une enquête administrative sur la gestion de la mairie ;
• la suspension ou révocation du maire absent ;
• la mise en place d’une commission municipale provisoire ;
• un accompagnement institutionnel pour rétablir les services publics de base.
À Arniquet, l’État ne s’est pas effondré : il s’est simplement absenté. Reste à savoir combien de temps encore une commune peut survivre sans ceux censés la gouverner.