S’appuyant sur des données recueillies auprès de citoyens en Haïti et dans la diaspora, le REPUH propose une architecture transitionnelle articulant sécurité, gouvernance et restauration institutionnelle selon une approche systémique.

Port-au-Prince – 04 décembre 2025

Face à l’instabilité politique persistante et à l’effritement des institutions, le Regroupement des Professeurs d’Universités d’Haïti (REPUH), en association avec Engagement Citoyen, propose la mise en œuvre d’une Transition Nationale pour Sauver Haïti (TNSH), limitée à vingt-quatre mois. Le document vise à encadrer la période postérieure à l’échéance du Conseil présidentiel de transition (CPT), fixée au 7 février 2026, afin d’éviter un nouveau vide institutionnel.

La démarche repose sur une enquête menée entre juillet et août 2025, laquelle révèle un soutien massif — 92 % des particuliers et 83,72 % des organisations interrogées— à l’idée d’une nouvelle transition fondée sur la neutralité et la transparence.

Ce rapport est à consulter sur le site « ALTERNANCE MÉDIA « 

Un contexte institutionnel fragilisé

Depuis les élections de 2016, aucun scrutin n’a été organisé conformément à la Constitution de 1987 amendée. L’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 a ouvert une période d’instabilité politique prolongée, marquée par l’exercice de facto du pouvoir par le Premier ministre d’alors, Ariel Henry, puis par la mise en place du CPT en avril 2024.

Depuis les élections de 2016, aucun scrutin n’a été organisé conformément à la Constitution de 1987 amendée. L’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 a ouvert une période d’instabilité politique prolongée, marquée par l’exercice de facto du pouvoir par le Premier ministre d’alors, Ariel Henry, puis par la mise en place du CPT en avril 2024.

Le rôle central de la PNH dans la stratégie de stabilisation proposée

L’un des points majeurs de la proposition concerne la Police nationale d’Haïti (PNH), dont le rôle est jugé déterminant pour toute sortie de crise. Le REPUH estime qu’aucun processus politique ne peut être mené à terme sans une restauration préalable de la capacité opérationnelle de l’institution policière, affaiblie par des déficits logistiques, la pénétration de réseaux criminels et la fragmentation interne.

Le document préconise un processus de vetting généralisé, appliqué à l’ensemble de la hiérarchie policière, « du simple agent au directeur général », afin d’évaluer l’intégrité, les compétences et les éventuels conflits d’intérêts. Cette démarche s’inscrit dans ce que le REPUH présente comme une approche méthodique de réduction des risques institutionnels, inspirée des modèles de réformes post-conflit.

Parallèlement, la proposition suggère :

une restructuration des unités spécialisées, un renforcement de la formation initiale et continue, la mise en place d’un programme de recrutement semestriel de 250 nouveaux policiers par département, une coordination plus étroite avec les Forces armées d’Haïti (FAD’H) dans un cadre légal strict, et l’appui technique de la Force de répression des gangs (FRG) dans la reconquête des zones sous emprise criminelle.

Selon les auteurs du rapport, la PNH doit être « l’axe institutionnel principal de la transition », et sa réforme constitue « une condition incontournable à la restauration de l’autorité de l’État ».

Une transition fondée sur la neutralité institutionnelle et Un exécutif transitoire resserré et encadré

Les personnes enquêtées préconisent qu’un juge parmi les plus anciens de la Cour de cassation, régulièrement nommé, dirige la transition.

d’un cabinet réduit de 9 à 13 ministres, et de deux secrétaires d’État au maximum.

Les ministres et secrétaires d’État devraient satisfaire à des critères stricts : absence de condamnation pénale, absence de sanctions internationales, compétence professionnelle avérée et obligation de déclaration publique de patrimoine.

Une Haute Commission spéciale de justice pourrait prononcer la destitution d’un haut responsable en cas de violation des règles de la transition, garantissant ainsi une responsabilisation accrue des dirigeants.

Les 9 membres du CPT

Sécurité, gouvernance numérique et participation citoyenne

Outre la réforme de la PNH, le document prévoit :

la déclaration temporaire d’un état d’urgence sécuritaire, la création d’une Direction du renseignement national (DRN), la mise en place d’un Réseau numérique institutionnel de la transition (RNIT) pour sécuriser les communications publiques, et le lancement de la plateforme citoyenne « Décidons Ensemble », conçue comme un outil de consultation et de reddition de comptes.

Un cadre financier resserré et une volonté de transparence

Le rapport propose un gel des dépenses non prioritaires, notamment celles liées au prestige institutionnel, ainsi qu’une rationalisation des budgets des ambassades. La Cour supérieure des Comptes serait chargée d’assurer un suivi public régulier des dépenses.

Vers un retour constitutionnel en 2028

La transition aurait pour objectif d’organiser des élections locales, législatives et présidentielles avant février 2028. Le président transitoire serait inéligible, et les autres membres devraient se soumettre à des audits avant toute candidature.

Pour le REPUH, cette architecture vise à « assurer la continuité de l’État tout en limitant strictement les marges de pouvoir de la transition ».

Une tentative de réponse institutionnelle fondée sur une approche structurée

En présentant cette proposition, le REPUH et Engagement Citoyen cherchent à structurer un débat national autour d’une transition « encadrée, transparente et non renouvelable ». Selon les représentants de ces deux structures, la proposition citoyenne avancée demeure réaliste et applicable. Elle s’appuie sur des mécanismes simples et éprouvés — la CSC, la HCSJ, la DRN, le processus de vetting et le RNIT — qui peuvent être activés rapidement durant la période transitoire.

Les auteurs indiquent avoir testé la cohérence de ces dispositifs à travers un modèle de régression logistique empilée, destiné à évaluer leur efficacité potentielle et leur applicabilité dans un contexte institutionnel dégradé. Leur mise en œuvre dépendra néanmoins de la capacité des acteurs politiques à manifester une volonté claire de stabilisation.

Selon le REPUH, la pertinence de cette architecture tient à sa capacité à assurer la redevabilité après le 6 février 2026, restaurer la confiance citoyenne et replacer Haïti sur la voie d’une gouvernance réellement démocratique. Reste à déterminer si cette proposition, pensée pour éviter une rupture institutionnelle, parviendra à fédérer les forces politiques, sociales et internationales au moment où le pays aborde une nouvelle période d’incertitude.

Auteurs du rapport

REPUH — Regroupement des Professeurs d’Universités d’Haïti

Pr Sadrack ORDENA, Secrétaire général du REPUH Pr Michelin SAINTILUS, Président du REPUH Pr Ivenel SAINFA, Membre actif du REPUH

Engagement Citoyen

Pr Elucson JEAN BAPTISTE, Coordonnateur

Pr Jean Kalim ALEXIS, Vice-coordonnateur

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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