Face aux sanctions américaines visant Fritz Alphonse Jean, Me André Michel affirme qu»’Haïti peut changer de personnel politique , mais pas interrompre la marche vers les élections. Alternance Média l’a interrogé, ce samedi 29 novembre 2025 , sur la crise ouverte au sein de la Transition.
Alternance Média – Les sanctions américaines contre Fritz Alphonse Jean ont provoqué un choc politique. Comment analysez-vous cette situation ?
André Michel –
La sortie publique du Conseiller Présidentiel Fritz A. Jean, après les sanctions américaines prises contre lui, a provoqué un scandale et une véritable crise institutionnelle. À partir de ce moment, le CPT et le Gouvernement ne peuvent plus conduire sereinement le processus de Transition.
Voilà pourquoi un dialogue politique est indispensable pour finaliser la Transition, en modifiant le personnel politique, tout en gardant le CEP et tous les acquis du processus électoral.
J’appelle la Conférence épiscopale d’Haïti, le secteur religieux dans sa globalité, l’Université d’État d’Haïti, la CARICOM, l’OEA, l’OIF et le BINUH à tout mettre en œuvre pour lancer rapidement ce dialogue politique nécessaire.
Le CPT, de son côté, doit faciliter ce processus de dialogue.
Alternance Média – Pour vous, l’exécutif n’a plus la capacité de conduire le pays ?
André Michel – Non. L’exécutif est aujourd’hui fatigué, usé, sans autorité ni efficacité. Il n’est plus en mesure de lutter contre les gangs ni d’offrir les conditions minimales pour organiser des élections crédibles.
Il faut reconnaître l’évidence : cette équipe doit partir.
Alternance Média – Le Secteur Démocratique et Populaire (SDP), signataire de l’Accord du 3 avril, parle d’un échec plus profond de la gouvernance. Partagez-vous cette position ?
André Michel – Absolument. L’Accord du 3 avril devait structurer la Transition et créer une dynamique d’apaisement et d’efficacité. Aujourd’hui, cet accord est mal appliqué, dévié de ses objectifs.
La crise déclenchée par les déclarations de Fritz Alphonse Jean et les sanctions américaines n’est que la confirmation d’une gouvernance qui ne fonctionne plus.
Alternance Média – Vous estimez que le CPT et le gouvernement sont devenus des obstacles à la Transition. Pourquoi ?
André Michel – Parce qu’ils ne parviennent plus à remplir leur mission. Le CPT est paralysé par des conflits internes, le gouvernement n’a plus la force morale ni la légitimité nécessaires pour agir.
Dans ces conditions, ils bloquent la Transition au lieu de l’accompagner.
Alternance Média – Vous appelez à un changement d’exécutif. Mais vous demandez en même temps de préserver le processus électoral. Pourquoi cette distinction ?
André Michel – Parce que l’erreur serait de croire qu’un changement d’équipe implique un changement de trajectoire.
Je le dis clairement : l’exécutif doit partir, mais le processus électoral doit rester sur ses rails.
Le futur exécutif doit garder le Conseil électoral provisoire (CEP), conserver les acquis techniques déjà réalisés et poursuivre les préparatifs exactement sur la même base.
Haïti ne peut pas se permettre de recommencer ce processus depuis zéro. Chaque rupture institutionnelle coûte des mois, voire des années.
Alternance Média – Pourquoi la continuité du CEP vous semble-t-elle indispensable ?
André Michel – Le CEP travaille déjà. Repartir à zéro signifierait retards logistiques, recompositions interminables, nouveaux blocages politiques.
Le prochain exécutif doit assurer la sécurité et offrir un climat politique stable, mais sans toucher au dispositif électoral déjà en place.
Nous devons avancer vite. Le pays n’a plus de temps à perdre.
Alternance Média – Que doit produire le dialogue national que vous appelez de vos vœux ?
André Michel – Un consensus national pour remplacer cet exécutif usé, tout en préservant la continuité institutionnelle.
Il faut installer une équipe de Transition restreinte, compétente et crédible, capable de restaurer la sécurité et de conduire rapidement le processus électoral déjà engagé.
Alternance Média – Un dernier mot ?
André Michel – Haïti ne doit pas rater ce moment. Changer l’exécutif ne doit pas conduire à casser la dynamique électorale.
La Transition doit être consolidée, pas démantelée. Et cela exige un dialogue franc, patriotique et responsable.