Lors d’un point de presse tenu le 4 janvier 2025, l’ancien sénateur des Nippes rejette la responsabilité de l’effondrement du pays sur les dirigeants haïtiens, défend une lecture nationale de la crise et présente les axes sociaux et politiques de son parti.
Port-au-Prince. — À rebours d’un discours politique largement répandu en Haïti, Nenel Cassy a choisi la voie de l’autocritique nationale. Dimanche 4 janvier 2025, lors d’un point de presse, l’ancien sénateur des Nippes et leader du parti politique LAVI a livré une analyse sévère de la crise haïtienne, qu’il attribue avant tout aux dirigeants du pays.
« Les Blancs ne sont pas responsables du K.O actuel du pays. Ce sont nous, les politiques haïtiens », a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il considère comme une stratégie de déresponsabilisation entretenue depuis des décennies par les élites locales. Une prise de position directe, assumée, qui entend rompre avec la tentation de faire porter à l’étranger l’essentiel des causes du chaos actuel.
Une critique frontale de la gouvernance haïtienne
Dans un contexte marqué par l’insécurité généralisée, l’effondrement des institutions publiques et la défiance croissante de la population envers l’État, Nenel Cassy a appelé à dépasser les discours pour engager des actions concrètes. Selon lui, l’échec n’est pas seulement institutionnel, mais moral et politique.
Le dirigeant du parti LAVI estime que la classe politique haïtienne porte une responsabilité historique dans la dégradation du pays, pour avoir privilégié des calculs de pouvoir au détriment de l’intérêt général. Une autocritique rare dans un paysage politique où les responsabilités sont le plus souvent diluées.
Deux priorités sociales mises en avant
Au-delà du constat, Nenel Cassy a présenté deux projets que son parti entend lancer à court terme. Le premier concerne la lutte contre la détention prolongée, qu’il qualifie de « faiblesse structurelle majeure de la justice haïtienne ». Il s’agit d’une mobilisation d’avocats destinée à défendre les droits des personnes incarcérées sans jugement, une situation régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains.
La seconde initiative porte sur l’accès à l’éducation. Un projet pilote de scolarisation d’enfants exclus du système scolaire pour des raisons économiques doit être lancé dès septembre prochain dans la commune d’Arnaud, chef-lieu de l’arrondissement d’Anse-à-Veau, dans le département des Nippes. L’objectif est d’offrir une prise en charge éducative à des enfants dont les parents ne disposent pas des moyens financiers nécessaires.
Le rappel d’un héritage politique
Nenel Cassy a également tenu à rappeler son rôle dans la création du département des Nippes, officiellement institué par la loi du 4 juillet 2003, publiée dans Le Moniteur. Cette réforme administrative avait porté le nombre de départements du pays de neuf à dix, un épisode qu’il présente comme un acte fondateur de son engagement politique.
Sur le plan institutionnel, l’ancien sénateur a exhorté les neuf conseillers présidentiels à respecter l’accord politique du 3 avril, tout en précisant que son parti ne participera pas à une éventuelle transition politique. Le parti LAVI se dit toutefois disposé à collaborer avec toute initiative visant le rétablissement de la sécurité et de l’ordre républicain.
Une ligne électorale assumée
Se voulant légaliste, Nenel Cassy affirme privilégier l’accès au pouvoir par la voie des urnes. Il annonce que son parti présentera des candidats à tous les niveaux lors des prochaines élections, dès lors que les conditions de sécurité et de crédibilité du scrutin seront réunies.
Il a par ailleurs critiqué les tentatives visant à exclure les opposants à l’ancien président Jovenel Moïse des discussions politiques actuelles. « Ce sont ces mêmes opposants qui résistaient, qui mouraient et qui faisaient face aux gangs sous le régime de Jovenel Moïse », a-t-il rappelé, plaidant pour une mémoire politique plus honnête.
Une parole de revendication et de mémoire
Enfin, Nenel Cassy s’est présenté comme une figure longtemps marginalisée. Il affirme avoir été victime pendant plus de vingt ans d’injustices et de fausses accusations, qu’il attribue à son attachement à l’idéologie dessalinienne.

« On a voulu museler mes revendications pour le peuple haïtien », soutient-il, se définissant comme une voix persistante dans un paysage politique hostile à la dissidence.
Dans un pays en quête de repères et de leadership crédible, cette prise de parole relance un débat central : celui de la responsabilité directe des élites haïtiennes dans l’effondrement de l’État. Elle pose, en filigrane, la question de la capacité de la classe politique à se regarder en face pour espérer refonder un projet national.