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Le climat politique demeure tendu à Port-au-Prince. Dans une correspondance datée du 23 février 2026, portant la signature de son secrétaire général, Rosemond PRADEL, le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (PFDSH/FUSION) exprime sa « profonde préoccupation » face à l’initiative du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, invitant les acteurs politiques à signer un pacte élaboré sans consultation jugée suffisante.

Pour la FUSION, la méthode pose problème autant que le contenu.

Une démarche jugée unilatérale

Selon le parti social-démocrate, le document mis en circulation — dont une version aurait largement circulé sur les réseaux sociaux — comporterait « de nombreuses propositions inacceptables ». Mais au-delà du fond, c’est la forme qui cristallise les critiques.

La FUSION dénonce une logique de « prendre ou laisser », estimant qu’un pacte de gouvernabilité ne peut être imposé sans un processus préalable de négociation structuré avec les principaux acteurs politiques, économiques et de la société civile.

« Un tel accord aurait dû être le résultat d’une négociation », rappelle le parti, insistant sur la nécessité d’un dialogue franc et sincère pour sortir durablement de la crise.

Un rappel du contexte institutionnel fragile

Dans sa lettre, la FUSION replace l’initiative du chef du gouvernement dans le contexte particulier de la transition politique. Elle rappelle que le maintien du Premier ministre à la tête de l’exécutif est intervenu dans une conjoncture exceptionnelle, marquée par l’incapacité des forces politiques à s’entendre sur une formule consensuelle de remplacement du Conseil Présidentiel de Transition.

Le parti reconnaît avoir considéré ce maintien comme « la moins mauvaise solution » afin d’éviter un vide institutionnel après le 7 février. Mais il souligne que cette solution conjoncturelle ne saurait remplacer un véritable accord politique national.

La FUSION estime par ailleurs que l’échec du rétablissement sécuritaire et de l’organisation des élections générales doit être assumé collectivement par les acteurs de la transition.

« Vous n’avez pas droit à l’erreur »

Le ton de la lettre se durcit lorsqu’il est question des responsabilités actuelles du Premier ministre.

Le parti avertit : le peuple haïtien est fatigué. La communauté internationale également. Tous aspirent à un retour rapide au fonctionnement normal des institutions démocratiques et à la remise du pouvoir à des dirigeants élus librement.

Pour la FUSION, persister dans une démarche perçue comme exclusive risquerait de fragiliser davantage la transition et de faire perdre un temps précieux dans un contexte déjà marqué par l’insécurité, la précarité et la défiance généralisée.

Le parti met également en garde contre la tentation d’attirer des soutiens politiques en laissant miroiter un partage de postes gouvernementaux ou institutionnels en échange d’une signature. Une telle approche, affirme-t-il, reproduirait les erreurs des précédentes transitions.

L’appel à un consensus réel

Malgré ses critiques, la FUSION ne ferme pas la porte. Elle se dit disposée à participer à une démarche fondée sur le respect, la transparence et la responsabilité collective.

Le parti plaide pour un processus inclusif réunissant les secteurs vitaux de la nation afin de construire un consensus suffisamment large pour :

rétablir la sécurité ; restaurer la confiance dans les institutions ; organiser des élections crédibles ; et amorcer une sortie durable de la crise multidimensionnelle.

En substance, le message adressé au chef du gouvernement est clair : la transition actuelle pourrait représenter une opportunité historique de rassemblement. Mais sans dialogue structuré et sans changement d’orientation, elle risque de s’ajouter à la longue liste des accords politiques restés sans effet concret.

Une nouvelle ligne de fracture politique ?

Cette prise de position de la FUSION intervient dans un contexte où plusieurs secteurs politiques expriment, en coulisses, des réserves similaires quant au contenu et à la méthode du pacte proposé.

Reste à savoir si le Premier ministre choisira d’ouvrir un véritable processus de consultation nationale ou s’il maintiendra son initiative en l’état.

Une chose est certaine : à ce stade de la transition, l’équation politique haïtienne demeure fragile, et chaque décision pourrait peser lourdement sur l’issue de cette phase décisive pour l’avenir institutionnel du pays.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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